| Sommaire de page
: A. Biographie synoptique B. Réalité des images
Principaux traits astrologiques Sorties |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Ma bibliothèque ne regorge pas de livres d'astrologie,
surtout, ne croyez pas cela ! Mais il faut tout de même bien
accorder une certaine confiance aux astres, et ceux qui ont présidé à notre
naissance nous laissent bien quelque chose, un certain signe, un certain
sceau, si l'on veut, dont nous gardons l'empreinte.
Tasso Janopoulo,
Notes et anecdotes. Bien qu'Hermès, divinité olympienne, symbolise
l'intellect sous sa forme saine, proche de l'esprit, il n'empêche
que dans la signification d'Hermès se retrouve l'allusion à une
forme de l'intellect peu élevée et purement utilitaire
: Hermès est la divinité qui préside au commerce.
Mais, de plus, dans cette figuration olympienne de l'intellect se trouvent
unies toutes les transformations possibles de cette fonction lucide,
et Hermès possède même la signification de l'intellect
perverti : il est le protecteur des voleurs. Le mythe sait donc très
bien discerner la forme perverse de l'intellect, tout en condensant
souvent les deux formes en un seul symbole.
Paul Diel,
Le symbolisme dans la mythologie grecque. |
1. IMAGE ASTROLOGIQUE ?L'esprit cartésien veut refuser telle description, telle
explication contre raison. Peut-il passer outre toutefois quand il
reconnaît "son personnage" révélé à travers
les signes par telle spécialiste du zodiaque que l'intelligence
et les intérêts culturels hors du commun portent aux antipodes
du monde des variétés et de la chansonnette -et qui ne
connaît pas Georges Guétary ? C'était en 1986,
en un coin isolé des Pyrénées, et la "pythie",
sur seule base de la date, du lieu, de l'heure de naissance et du sexe,
non seulement dessina un portrait étonnamment ressemblant, mais "vit" en
outre que 1987 déciderait l'arrêt des activités
...qui très certainement seraient tout aussitôt reprises
dès 1988 par impossibilité de l'être de se soumettre à cette
décision contraire à sa nature.
Surprenant, quand on sait que la réalité donnerait
raison à la prédiction ! Interpellant dès lors.
Interpellant et passionnant, car l'analyse précise la dualité que
nous a suggérée nos propres investigations, dualité qu'escamotent
assez généralement les définitions astrologiques
qui insistent sur l'aspect aérien et fluide du personnage,
soit l'uranien, cependant que le contrarie Saturne dont "la force
tend à cristalliser, fixer dans la rigidité les choses
existantes et s'oppose ainsi à tout changement." (Dic. Symb.),
soit tout le contraire du Georges Guétary que nous ne connaissons
que par son autre "planète législatrice", Uranus, "d'instinct
tourné vers les exploits et les prouesses (...), possédé par
l'instinct de démesure et de puissance (...) archétype
de l'hyper-individualisation qui particularise l'être humain
dans une originalité surpersonnalisante, cela dans le paroxysme
du Moi en quête de l'unité la plus explosive, et tendu
vers un absolu." (Ibid).
Et revient par cela en la mémoire le récent élan
de ce septembre 1994 dont seront ici par discrétion et respect
de la confiance tus les noms :
"En février je présente mon Jubilé à Paris.
Et tu vas voir : personne, ni Tel, ni Autre même -Untel peut-être,
encore qu'il (...)- personne, tu peux chercher !, personne n'aura
réussi ce que je vais faire : ma sortie en pleine forme à 80
ans -pour mon anniversaire ! Ma sortie après cinquante-sept
ans de métier où j'ai tenu après avoir explosé à Paris,
puis à Londres qui m'a aussitôt fait vedette alors qu'on
ne m'y connaissait pas -pas plus que dans mon pays que j'ai conquis
en une nuit-; aussitôt après c'est Broadway qui m'a
sollicité et m'a accordé le Prix de la meilleure interprétation étrangère;
et puis c'est Hollywood par quoi je deviens vedette internationale....
"Qui, dis-moi, peut prétendre à ça, à 80
ans et en pleine forme après cinquante-sept ans de métier
sans arrêt ?
"Et qui, dans la nouvelle génération, pourra
y arriver, y arriver en s'imposant dans tous les genres, pas seulement
la variété, pas seulement le disque, mais le idique,
la comédie musicale, ... Ah! la comédie musicale !
Ils n'en veulent pas, les jeunes ! Hé! c'est qu'il faut des
c. pour ça, permets-moi l'expression ! Ils préfèrent
x galas, c'est moins fatigant ...et surtout ça paie mieux
!
"Qui ?
"Je ne vois pas.
"Unetelle peut-être. Mais je crains qu'elle soit
fragile...
Démesure ? Appréhension ? Exorcisme
?
Ce ne fut pas l'Olympia promis, mais Bobino, ce ne fut pas un
nouveau spectacle, mais celui de l'"Au revoir" qu'il promenait depuis
des années. "Peau de chagrin" en quelque sorte malgré la
bonne présence publique et le succès à chaque
représentation.
Ce fut la blessure, c'est certain. Jumelée à quel
sentiment ? Amertume, révolte, abattement, tristesse, avec
la prise de conscience lucide d'un terme, d'une... déchéance
? Prétendre connaître exactement ce ressenti profond
serait présomptueux. Il ne fut ni sagesse ni abandon en
tout cas, puisque les vacances lui firent oublier sa fatigue, accepter
de repartir en tournée dès semptembre, et, surtout,
de monter enfin cette comédie musicale qui le hantait, La
Vie est un Festival. Le rideau final romprait ces rêves...
Que reflète, jusque dans l'aparté de connivence,
ce besoin exacerbé de reconnaissance glorieuse ? Le souterrain
sous apparence, le continuel conflit de l'être avec lui-même
et fardant par l'image de lumière une ombre qui ronge,
ombre que décelait le thème natal en Pyrénées,
ombre que repousse l'activité acharnée à l'insu
même de l'être ?
20 h., un soir d'été de 1994 en total relâchement
d'activités, ce n'est pas lui qui décroche à la
nécessité d'un appel téléphonique,
mais sa femme :
"Il vient de se retirer pour chanter durant une heure
-peut-être que vous l'entendez- : il vous rappelle ou vous
rappelez ? Car si je vais le déranger, vous le savez,
il ne sera pas content...".
Confirmation dans le vif et l'imprévu de ce que tous
ceux avec qui il a collaboré ont dit depuis toujours :
discipliné et travailleur incorrigibles.
"Aide-toi, le ciel t'aidera" : nous pouvons être nés
sous une bonne étoile, rien ne se fera sans nous -sans
effort. Soit, le physique et la voix lui sont venus comme ça
-encore que la voix, ça se prépare, ça s'entretient, ça
se travaille longtemps, longtemps, longtemps ...et constamment.
Mais le reste ?
Il aurait pu monter sur la scène de l'Adelphi sans
avoir durant trois mois étudié l'anglais d'arrache-pied,
sans avoir répété, répété et
répété, jamais il n'aurait arrêté le
spectacle par l'appel au bis inaccoutumé en Angleterre
! De même, ...-inutile de rappeler encore tous ses succès,
ailleurs énumérés (v. intro), soulignons
qu'ils ne sont pas l'effet de la seule chance.
Chance qui le sert, certes et le fait exceptionnel ...parce
qu'il a su par travail, par maîtrise, répondre à cette
possible destinée.
Destinée...
Même si, goguenard à l'égard de ces forces
cosmiques qui présideraient à notre destinée,
on est confondu quand la réalité paraît justement
les refléter, il ne faut pas ici s'en contenter, quoique
satisfaisant l'appel séduisant de l'image rêvée
: se tourner dès lors vers le plus crédible psycho-sociologique
dont l'appartenance et la démarche scientifiques exige
des faits pouvant proposer des supposés à vérifier
: des hypothèses davantage que des assertions fabuleuses.
|
2. IMAGE PSYCHO-SOCIOLOGIQUE ?Est fait que né septième de dix enfants, il a bouleversé le
rang, devenant seul célèbre du clan hors duquel quittant
Alexandrie à dix-neuf ans, il bondit vers Paris d'où il
jaillira vedette superbe après avoir écarté le
projet que le sacré conseil de famille méditerranéen
lui avait dessiné : les affaires au retour après les études
commerciales. Est fait que briller -que se distinguer- le talonnait
dès avant déjà, puisqu'il avait attiré là-bas
sur lui l'attention des siens, des copains et des filles par ses prouesses
sportives qu'il ne cesse de rappeler. Comme il ne manque jamais de
souligner que l'auteur originel de Pour Don Carlos est "de l'Académie
Française" (Pierre Benoît), autant que celui de La Polka
des Lampions (Marcel Achard), et que s'il n'est de cette noble institution,
il n'est pas de moindre renom, cet autre par qui il s'est fait préfacer,
Frédéric Dard, librettiste de Monsieur Carnaval...
Faiblesse ?
Ou, plutôt, besoin de se présenter et de s'affirmer
autre que supposé superficiel de la variété ?
Dès lors complexé ?
Sous emprise d'un sentiment intériorisé de
culpabilité ? Déjoué par l'enjoué ?
Contré par l'activité ? Exacerbé dans
la nervosité colérique ? Animé ainsi d'un
besoin de prouver, de se faire et reconnaître sinon pardonner,
comme le perçoit cette analyse pyrénéenne
du thème de naissance ?
Est fait à cet effet que la propulsion glorieuse
alla à l'encontre de la décision familiale
: devenir artiste, soit saltimbanque ou moins que rien, niait
le souhait de le faire comptable, bien autrement respectable.
Mais quoi! l'écart baigne dans l'aura d'une nuit de
Noël, n'est-ce pas ?
|
3. IMAGE MAGIQUE ?C'est le miraculeux, on n'y peut rien, c'est le destin, Inch Allah!,
c'est comme ça ! Mieux : on doit lui être reconnaissant,
au ciel, de le prendre ainsi sous son aile, le petit Lambros, non ?
D'ailleurs, il s'est montré égal à lui-même,
le petit Lambros de rien du tout, quelconque perdu parmi ces grands
-et quels grands : Jacques Thibaut, Milstein, Kreisler, Cortot, Ninon
Vallin !- venus comme rois mages ce 24 décembre dans l'appartement
de l'oncle : ils lui ont demandé de chanter, il s'est exécuté,
obéissant comme toujours; pouvait-il deviner qu'ils allaient
après lui suggérer d'en faire son métier, lui
pour qui chanter était comme respirer ?
Oui, Lambros ! Et puis, tu sais aussi qu'au fond ça te
séduit, le mot "artiste" dont tu suis, ici à Paris,
les réussites, dont tu vis, ici à Neuilly, le quotidien
hors train-train dont l'oncle est exemple d'entrain, l'oncle que
tu sais au fond de lui ravi de te voir quitter les chiffres pour
les notes, ...l'oncle paravent contre mama et le frère aîné,
Christos, l'oncle Tasso Janopoulo qu'on a appris à respecter
là-bas, puisque accompagnateur du grand Jacques Thibaut, l'oncle
qu'on ne grondera pas, n'est-ce pas, puisque s'étant chargé d'un
des dix enfants quand papa n'eut plus de travail...
Joli, Lambraki !
Si joli qu'il se met au travail avec volonté, avec ténacité,
avec constance, avec persévérance, même si certains
cours l'ennuient parfois, comme ce solfège, cette harmonie,
où on le traite comme un enfant de dix ans; même s'il
ne perçoit pas immédiatement la nécessité des
leçons de chant de Madame Vallin, lui le Méditerranéen
pour qui chanter est si spontané -or remarquez, signe de travail
et de contrôle, la pureté de la diction des premiers
disques de ce Grec qui connaissait à peine le français
quand il est arrivé à Paris (c'est plus tard que reviendra
en surface un retour à un accent non surveillé, naturel,
instinctif et non "soigneusement entretenu"); même quand l'oncle
n'est pas là parce que les tournées l'envoient aux
différents coins du monde -et imaginez comme il aurait pu,
extirpé de la misère du dix-neuvième siècle
nord-africain, profiter et abuser de la liberté, ce jeunot
débarqué en Paris des années trente !
N'empêche : l'oncle même, l'oncle si généreux,
il allait le tromper, lui aussi, il allait le trahir, Lambros-Judas
du troisième chant du coq !
Il avait trahi la confiance de la famille, mère et frères
aînés en tête, voici qu'il trahissait Tasso le
généreux mentor, Tasso le si bon père putatif.
Car c'est vers la musique idique que les cours de l'École
Normale Thibaut-Cortot-Casals et les leçons de Ninon Vallin
destinaient Lambros : vers une carrière de concertiste probablement.
Or voilà que le destin -le destin qui a bon dos- vient contrarier
le chemin : l'organisateur de concerts Valmalète signale à Lambros
que Jo Bouillon organise une audition pour remplacer son chanteur
momentanément défaillant; ce n'est pas sa voie, ça,
c'est contraire même à la voix qu'il prépare,
mais il y va, séduit sans doute par la célébrité en
marche de tels compagnons de cours, Jean Lumière, Reda Caire;
et c'est lui que choisit Jo Bouillon !
Et Tasso si bon ne dit pas non ...et l'aide même, puisque
telle est la tentation du neveu.
Ouf !
Et "ouf !" que double le premier succès d'applaudissements
adressés à sa personne !
Et "ouf !" que triple le troisième succès plus important
quand Mistinguett le repérant le prend avec procès à la
clef de Jo Bouillon !
Après avoir endossé, Tasso a donc encaissé et,
plus fort que ça, aidé, favorisé, ...tandis
que la distance et le lointain le séparant des siens, ça
fait rempart : ça s'arrange, ça s'oublie ...ou s'enfouit,
tapi prêt à surgir, présent tout le temps, le
sentiment de culpabilité : "Aussi est-ce avec une sorte de
piété filiale que je prêtai mon concours à une
soirée artistique donnée Salle Chopin lors du séjour à Paris
du Prince et de la Princesse Georges de Grèce", écrit-il
dans Les hasards fabuleux; aussi voit-il devant lui Tasso
chaque fois qu'il chante la Valse en la de Brahms qu'il destine à l'oncle
plus qu'au public, en forme de gratitude sinon comme signe qu'il
n'a pas démérité.
Dualité sinon duplicité; et corde raide peut-être
entre l'irrésistible tentation d'ici et les attentes déçues
ou de colère d'Alexandrie.
Ne pas faillir, ne pas choir -ne pas décevoir !
Ce n'est pas aisé quand, fi de la Mis, tout à coup,
on veut compter sur soi, partir, monter, briller en solitaire ...et
que vient la guerre qui laissera à l'oubli un premier court
métrage qui aurait pu le faire connaître grâce
au ténor Antonio Pareira, devenu compositeur.
C'était en 1938. "Je me rappelle que rentrant des éditions
Vedette où il était passé, papa partagea avec
nous son enthousiasme après avoir rencontré le tout
jeune Georges Lambros dont on commençait de parler, nous rapporte
l'auteur célèbre, la princesse Myriam de Béarn,
fille de cet artiste : "Son élégance naturelle, son
très beau visage, sa musicalité, sa voix -enfin- très "personnelle",
tout cela laisse prévoir une future star.", nous confia-t-il
sans réserve. Il s'efforcera ainsi de l'aider, de le faire
connaître (peut-être même l'accompagna-t-il au
piano en tels "extras") : il lui composa les chansons d'un court
métrage convenu avec le réalisateur Bernard-Roland
et qui devait à leur sens concourir à lancer le jeune
artiste qui leur donnait foi. Mais la guerre éclata au moment
où Quand le coeur chante devait être produit."
La guerre.
1939.
A la fin de l'été, Georges part à Saint-Jean-de-Luz
où est son oncle qu'accueille régulièrement
Jacques Thibaut :
"A Zortico, mon neveu est venu me rejoindre. Je
lui enjoins de regagner l'Egypte qui est son pays natal et où se
trouve toute sa famille.", se souvient Tasso Janopoulo qui poursuit
:
"Avec une froide détermination, il refuse :
"- La France n'est pas ma patrie, d'accord !, me dit-il.
Mais, mon oncle, tu m'y as appelé et c'est le pays où je
suis devenu un homme. Et parce que ce pays que j'aime est en guerre,
je devrais partir pour sauver ma peau ? Qu'est-ce que cela vaut à côté de
ce qu'on aime ?"
Georges décide de repartir à Paris pour
se faire engager.
"Pour l'heure, l'exemple pour moi parle mieux que toutes
les injonctions, continue Tasso : puisque mon neveu est inflexible,
il partira mais je m'engagerai avec lui."
La raison avouée, n'en cache-t-elle pas une plus profonde
qui n'exclut pas celle-là que prouve d'ailleurs la réponse
officielle de l'Administration ? Rentrer après avoir commencé à grimper
ce rocher escarpé du vedettariat, prendre la poudre d'escampette
pour "la fuite en Egypte", c'est tomber au niveau zéro, c'est
chuter ...et subir peut-être sarcasmes ...et anathème
: il faut tenir !
Ivresse et fierté qui cachent, exorcisent, chassent peur
ou malaise ?
Toujours est-il que refoulé en zone libre, désemparé et
déboussolé -et s'approchant involontairement de la
côte méditerranéenne qui peut avec la nostalgie
l'amener à capituler : à rentrer-, il croise le célèbre
accordéoniste Fredo Gardoni qui le reconnaît et veut
l'engager. La joie le ranime : il devient Georges Guétary
après s'être fait appeler Georges Lambros à Paris.
Soit, c'était plus prudent de s'appeler ainsi à l'époque,
mais l'oncle, lui, ne renoncerait pas à ses nom et prénom
grecs, bien qu'autant menacé ! Il faut reconnaître que
c'était plus typique, "Guétary", et aussi plus aisément
mis en mémoire du public. Mais c'était une rupture
aussi -une nouvelle- : basta, fini Georges Lambros, je deviens autre,
je deviens moi !
Et c'est un fait, un autre fait encore, que L'homme de nulle
part, premier enregistrement connu de Georges Guétary,
diffère assez de Seul sur la grève/Le vieux tilleul,
seule trace trouvée de Georges Lambros : le timbre y est,
l'aptitude, la clarté, la hauteur, mais aussi un certain
corset, un certain cachet idique, tandis qu'après le passage
par Gardoni précédé de Mistinguett, le mouvement,
l'aisance, les élans imposent la griffe Guétary qui
durant cinquante ans bougera moins qu'entre ces deux moments-là s'étalant
sur cinq ans.
Guétary, Georges.
"Georges" deux fois pris, jamais remplacé.
"Georges" s'associant idéalement à "Guétary" (du
nom de la plage basque de Guéthary proche de Saint-Jean-de-Luz),
puisque de même première lettre porte-chance, puisque
de même nombre de lettres 7 magique.
"Georges", prénom de papa.
Chance et magie, assertion de mama... dont il est, comme Poucet,
septième né.
Mama adorée à qui il est si reconnaissant de lui
avoir inculqué le discipline et la maîtrise, mama qu'il
ravira dix ans plus tard aux frères et soeurs pour l'installer
chez lui à Cannes en un pavillon qu'il lui construira et d'où elle
ira à sa guise, grâce à sa fortune à lui, à Athènes, à Alexandrie,
où elle le voudra voir ses autres enfants et petits-enfants.
Reconnaissance et amour à la mère.
Renaissance et gloire au père.
Au père perdu, mort sans qu'il le sache, Lambros, durant
la guerre.
Père dont il dit peu mais assez pour savoir qu'il l'aimait
et l'avait perdu une première fois déjà, là-bas
chez eux à Alexandrie : quand vint la grande crise, il perdit
son travail épuisant de planteur de coton, papa, et c'est
l'aîné des enfants, Christos, qui avec mama, apporta
l'argent, blessant à mort probablement et sans qu'il l'avouât
ouvertement Georges Worloou :
"Avec la crise de 1929, évoque Les hasards fabuleux, mon
père perdit son emploi et, pour nous faire vivre, maman, bien
qu'enceinte, veillait toutes les nuits et fabriquait des chapeaux
qu'elle allait dans la journée vendre de porte en porte.
"Comme nous arrivions au bout de nos ressources, mon frère
Christos dut quitter le lycée pour entrer dans une compagnie
d'assurances. Il n'en continuait pas moins à étudier
le soir et à se perfectionner. Si bien qu'à l'âge
de dix-sept ans, son salaire représentait une part si importante
du budget familial que Christos en vint peu à peu à supplanter
mon père et à prendre des décisions concernant
notre vie quotidienne. Bien vite, les avis de Christos, puis ceux
de Costas qui, à son tour, avait trouvé un emploi,
différèrent de ceux de papa dont l'autorité naturelle
se trouvait ainsi franchement contestée alors que, jusque-là,
il avait été le patriarche incontesté. Il se
fit mal à ce nouveau rôle et, plutôt que de se
mesurer à ses fils aînés, il choisit de passer
le plus clair de son temps à jouer aux cartes avec ses copains
en fumant cigarette sur cigarette."
Père qu'il ravive en lui ravissant son prénom; prénom "Georges" par
ailleurs symboliquement signe de terre ...contraire de la force primaire
du Verseau, contraire, dualité toujours, du chant premier
de Georges Guétary, L'homme de nulle part.
Père comme la mère ravi aux autres, fût-ce
symboliquement.
Ravisseur...
Prométhée ?
|
4. IMAGE MYTHOLOGIQUE ?"La symbolisation mythique est un calcul psychologique exprimé en
langage imagé", éclaire Paul Diel.
Mais Prométhée, c'est le feu qu'il ravit, aux dieux
!
Mais la gloire, la puissance, l'argent, n'est-ce feu, comme feu
qui le brûle de briller -de prouver ?
Et sinon Prométhée, Icare ? Tantale ?
Ou ces trois-là successivement ?
Quand, précédé de la gloire, il passera à Alexandrie
en 1946, juste avant Londres qu'il sait l'attendre, juste après
Athènes qui vient de porter son nom au Parthénon, ...et
avant l'Amérique qui l'appellera, il l'ignore encore, Amérique
que caractérise l'ère du Verseau, son signe d'air et
de liberté -donc de fugues-, il allégera son âme
en même temps que sa bourse au profit de la famille, conscient
que gagner tant d'argent en si peu de temps, c'est injuste et suspect
pour ceux qui sont restés : en même temps qu'il prouve
sa reconnaissance, en même temps qu'il prouve qu'il s'est fait
-en même temps qu'il s'est, s'il le fallait, fait pardonner-,
il se dégage de la tutelle fraternelle, il s'acquitte.
Mais est-ce suffisant ? Inconsciemment suffisant ? Car tout cela,
n'est-ce pas, s'infiltre, rampe, entortille comme serpent à l'insu
de l'être.
"Il ne faut pas oublier que j'étais venu à Paris
pour me perfectionner et que ma voie était toute tracée à l'exemple
de celle de mon frère aîné dont j'admirais l'ascension
sociale."
révèlent, assez significatifs, les souvenirs : "l'ascension
sociale."
|
5. IMAGE SOCIOLOGIQUE ?"Le Grec", l'appelait-on en 1934-36 à Paris. Ce n'était
pas méchant probablement, ni raciste certainement, venant des
compagnons de cours divers. N'empêche, après avoir été chez
lui le brillant, il subissait ici, fussent-ils gentils, les sarcasmes;
et fût-elle cosmopolite, Alexandrie, sa "patrie", elle n'en était
pas moins d'adoption sous tutelle anglaise. Jamais on ne l'a entendu
exprimer un quelconque propos raciste. Il semblerait même qu'il
dût atteindre ses trente-cinq ans pour devenir conscient du fait
: à Broadway d'abord, quand le frappa l'animosité qui
opposait Nanette Fabray, blanche, à Pearl Bailey, noire; à Los
Angelès aussitôt après, quand s'éveillant
d'une sieste sur une plage déserte, il découvrit qu'il
y était le seul blanc.
Quelle superbe revanche en tout cas que ce triomphe du petit Lambros
en si peu de temps devenu internationalement brillant alors que peu
de temps encore auparavant, il allait pieds nus là-bas en
Orient !
Et quelle superbe revanche hellène aussi !
|
6. IMAGE ETHNIQUE ?Sachons qu'en Egypte ils étaient les parias, en quelque sorte,
les Grecs : des subalternes, des besogneux pour le moins, venus de
Grèce mendier l'hospitalité et le travail, de Grèce
vaincus d'où les avait chassés la poussée turque
: dans le quartier Salah el Dine,
"(...) nos copains étaient de toutes origines :
Italiens, Koptes, Arméniens, Français, Juifs d'Afrique
du Nord... Et mis à part les Anglais qui étaient cordialement
détestés -comme toute force occupante-, les rapports
entre les diverses communautés étaient simples et fraternels."
Or, pour se faire admettre par l'Anglais, alors maître en
Egypte, grand-père avait troqué la sonorité hellène
de son nom Vorloglou contre l'assonance anglaise de Worloou (ou Worlow);
tout avisé qu'il fût, il bafouait du coup son identité s'il
ne la tuait. Car sachons que les Grecs connaissent leur passé d'exemplaire
civilisation, qu'ils continuent aujourd'hui encore d'évoquer,
même en milieux modestes tel que celui du petit Lambros qui
entendait chanter son pays, le soir, par papa s'accompagnant à la
guitare.
"Avec quelle émotion Georges parle ensuite des
soirées familiales de son enfance : la plus grande joie de
tous était, le soir venu, de se réunir autour du père
et de l'écouter chanter en s'accompagnant de la guitare.
- Quand j'étais très sage, poursuit mon
neveu, papa me permettait d'en jouer à mon tour. Il chantait
avec moi."
se rappelle Tasso.
Ainsi, plus qu'une identité reconquise, c'est une identité conquise
qu'il imposerait après l'avoir créée ...ainsi
qu'une divinité.
Car Georges Guétary c'est personne dans le sens strict
! Il n'y a pas de père Guétary ! Il se crée,
il se fait naître et du même coup renie la réalité de
naissance Egypto-grecque, puisqu'il demande la naturalisation française.
Paradoxe !
D'autant plus paradoxal que c'est au moment très précisément
où sa mère -la mère-terre- arrive en France
: au théâtre du Châtelet où le Président
Vincent Auriol la lui accordera, au théâtre du Châtelet
où elle lui apparaît venue directement l'applaudir arrivée
d'Alexandrie.
Il incarnait à ce moment-là qui souleva l'imaginaire
tant il y parut proprement "rayonnant", comme le qualifie justement
Fernand Sardou, un magnifique Don Carlos, ce roi que châtia
l'exil !
Nous voilà bien au-delà du paradoxe : dans la mise
en dérisoire de l'illusoire !
|
7. IMAGE POLITICO-PATRIOTIQUE ?Car est-il dès lors véritablement Français
?
Jamais il ne cessera de dire qu'il est Grec !
Admettons qu'il y ait là-derrière -peut-être-
des raisons platement matérielles, telles qu'administratives,
de droit de séjour, de domicile, etc. Ça n'empêche
rien, ça n'exclut pas cette autre réalité plus
impalpable mais combien plus riche d'extrapolation !
Car revenons à ce "Guétary".
Il le prend -il le vole !-, ce nom, à la plage basque de
Guéthary. Au grand dam de ce peuple qui aime et apprécie
le chant, et n'apprécie pas qu'un étranger, qu'une
voix d'ailleurs usurpe son identité, à laquelle il
est très farouchement attaché. A ce vol, à ce
rapt -le troisième !- s'ajoute la défiguration : h
disparaît du nom, à cause du faussaire de cartes d'identités
pour comble d'ironie gitan, soit sans patrie !
"Décidément, ce Georges, c'est quelqu'un !" pastichera-t-on
par la chanson.
Etrange : l'homme de nulle part avec une voix comme personne
fait un homme, fait un Nom... sinon une nation !
Mais c'est tout un mythe, ce Guétary !
Pour quelle puissante symbolique !
|
8. IMAGE HOMÉRIQUE ?Cette malice, cette ruse propre à Ulysse, son illustre compatriote,
il en a la maîtrise déconcertante, dont nous ne citerons
qu'un lointain exemple innocent.
En 1935 ou 36, là-bas à Saint-Jean-de-Luz, l'oncle
Tasso n'a pu s'empêcher de vanter les mérites sportifs
de son neveu, ses qualités de nageur émérite.
Soit, on va voir ça, se dit-on là : qui ramènera
le canard qu'on va laisser au loin sur les flots ? Les jeunes autochtones
forcent leurs brasses et leurs crawls contre les flots, tandis que
Lambros fait la planche, joue la tortue de la fable ...et fait rougir
de honte Tonton qui n'a pas prévu, pas plus que tous ces hurluberlus,
qu'un canard, ça n'aime pas la mer : Lambros, lui, savait
qu'il suffisait d'attendre le volatile au lieu de s'épuiser à aller
le quérir !
|
9. IMAGE SYMBOLIQUE ?Mais retournons encore à cette identité basque usurpée,
faussée par un gitan, prestigieusement authentifiée française
et tout compte fait laissée pour rien puisque Georges Guétary
vantera toujours son appartenance hellène : quel sens donner à ce
jeu de cache-cache ?
Le mépris des règles d'Etats ?
La gifle à l'Anglais occupant (et rappelons qu'il a conquis
Londres ...où vint l'applaudir et le féliciter la famille
royale -dont le prince Philip est, sans qu'il le sache même
alors, Georges, Grec !) et au-delà de l'Anglais et du Turc à tout
conquérant, à tout laboureur d'ethnie et de civilisation
? Ayant mis à rien son patronyme défiguré par
le nom trafiqué, Lambros s'est refait à sa guise, neuf,
libre, conquérant victorieux sans violence mais par le charme,
par le chant -par ce souffle, substance créatrice des dieux
: apatride sublime, Georges Guétary reconquiert l'image hellène
de rayonnement solaire, monte en Olympe au rang de demi-dieu : le
père qui lui chantait la Grèce, le père-esprit
peut être ravi, son fils septième comme en les contes
a rendu la fierté à son essence, a rappelé qu'un
vainqueur militaire est toujours un vaincu de civilisation !
"Pas étonnant après tel exploit qu'il ait pu parfois
prendre la grosse tête !", ironisera-t-on.
|
10. IMAGE CARACTÉROLOGIQUE ?Il sait reconnaître que la vanité l'a animé :
"Cette intense activité (<1948>) me
valait les honneurs de la presse et un public d'admiratrices sans
cesse croissant. Je commençais à vivre "en pointillé",
sautant d'un train pour monter en voiture, d'un plateau de cinéma
pour un studio d'enregistrement, allant de galas en tournées.
J'étais devenu la vedette qu'on adulait, qu'on interviewait à tout
propos, qu'on fêtait à toutes les manifestations parisiennes
et dont les magazines avides de sensationnel forgeaient peu à peu
la légende. L'argent me brûlait les doigts et je n'admettais
plus la moindre contradiction. Je connaissais une espèce de
folie comparable au vertige qu'éprouvent les plongeurs sous-marins.
Je planais... Il me semblait tout à fait normal que les femmes
me tombent dans les bras ou qu'elles s'évanouissent en m'entendant
chanter, que le public s'écrase dans les music-halls où je
passais et d'être ovationné à la fin de mon tour
de chant.
(...)
"Par chance, dans cet univers détraqué,
j'avais, moi, deux juges implacables qui, loin de me considérer
comme le plus beau, le plus doué, ne se gênaient nullement
pour me critiquer et... m'engueuler si besoin était : mon
oncle Tasso et la grosse Henriette qui m'ont préservé de
devenir une star prétentieuse et ont su me replacer dans le
chemin des réalités."
Mais le mal le reprendrait, et si la jeunesse pouvait expliquer,
excuser Dédale, suivrait Tantale : comment renoncer aux contrats à la
gloire qui tentait, qui brûlait ?
Par le foyer, pardi !
Que dans son ombre tapie, mama lui reprochait de ne pas fonder;
que dans son miroir son image infatuée lui conseilla en la
quarantaine de conscience de créer.
Pas aisé pour un Verseau volage d'entrer en cage !
Il fallait une femme d'intelligence et de patience rares !
Ce fut Janine Guyon, réalisatrice à la télévision.
Qui put comprendre et supporter des incartades; qui put guider et
amener à paternité.
Bonheur et fierté d'une autre tonalité qui ravit
mama en même temps que Tasso dont le livre d'ailleurs se clôt
par un dialogue imaginaire avec le petit-neveu qu'il anticipe grand,
François ...ainsi prénommé parce que Français
-et se poursuit la facétie, on le verra.
Certes, le signe d'air Verseau, quoique plus vraisemblablement
le métier, avait pu retarder la genèse d'un foyer.
Or, la famille, pour un Grec, pour un Méditerranéen,
c'est beau, c'est grand, c'est sacré, c'est impératif
: une autre raison plus obscure, et inconsciente, plus profonde que
les apparentes possibles, n'avait-elle atermoyé sa réalité ?
Il est si attaché à son origine, Georges Guétary,
qu'il lui arrive de préciser qu'ils furent treize enfants
dans sa famille d'Alexandrie, alors que dix sont recensés.
Ce n'est pas que la mémoire lui joue des tours, ce n'est pas
qu'il galéjade : c'est qu'il ne laisse pas à néant
trois fausses couches. Là encore il ranime... jupitérien
toujours.
Quel frein dès lors plus puissant que celui des courses
autour du monde put donc le retenir ?
L'image de mama adorée mais aussi abîmée par
tant de grossesses qui la rendaient mère encore quand grand-mère
déjà ? L'image ainsi d'un père irresponsable
quoique adulé, image de plus en plus écornée
quand les frères le supplanteront ? Ainsi s'expliquerait son
double rapt : garder en soi l'image idéalisée ...en
attente de la réaliser ? Or voici qu'après la rédemption
hellène vient la rédemption de la famille : la terre-mère,
le père-esprit sont ressuscités, ils peuvent dormir
en paix -et lui, être apaisé.
Mais suivra Hélène -"puisque Hellène" : on
a compris, la poursuite du jeu de l'oie ?-, autre sujet de fierté,
d'orgueil, sinon de vanité renaissante.
Car il continue de quérir la gloire alors qu'il pourrait
s'arrêter, car il continue alors d'être méprisant
dans la vanité ?
"Soyons francs. Aujourd'hui encore, lorsque les engagements
se succèdent un peu vite, je me surprends à parler
d'une façon différente aux producteurs ou à mes
partenaires"
...ou à quiconque se trouvant à portée
de ses gifles :
"Pendant dix merveilleuses années, Guétary
a supporté mon humeur indisciplinée et je me suis arrangé de
son caractère entier, d'une impitoyable franchise.",
note Jean Richard -qu'il convient de
compléter en précisant que sont imparables ces franchises, tant
elles sont inattendues et excessives, imprévisibles; mais
sans lendemain, lequel peut être d'amabilité, de cordialité et
d'appel tout aussi imprévisibles ...et irrésistibles.
"En même temps que la voix change, l'ensemble de
la personnalité évolue vers plus de transparence
nous apprend Serge Wilfart qui poursuit
:
de plus en plus, l'élève
ose être en force et en jugement, tant face à soi-même
que sous le regard d'autrui."
Ayant retrouvé et entretenu et maintenu sa voix originelle
-que les dressages continuels nous font perdre, banals mortels-,
il aurait atteint dans sa superbe sa nature Verseau ?
|
11. THÉATRALE ou AUTHENTIQUE ?Décembre 1993 -puisqu'il faut bien choisir, se réduire.
La pluie n'a cessé de tomber, drue, intense, depuis des
semaines, et les inondations ont partiellement sinistré Cannes
où il habite parfois : le toit d'un pavillon de sa propriété s'est écroulé,
ses chiens ont été envahis de puces, et le maire l'invitait à son
mariage tandis qu'il devait appeler les ouvriers, aller chez le vétérinaire,
et répéter, repartir en tournée, être
là ce dimanche après-midi au théâtre à plus
de mille kilomètres de chez lui. Combien se seraient abattus,
seraient restés contrariés ? Lui, il raconte. Et la
situation prend dans sa bouche et dans sa gestuelle une dimension
quasi épique; il n'est plus une victime, jouet des éléments,
il est sujet, acteur-voyeur d'une geste véritablement; et
vous êtes l'objet, happé par le conteur magnifique !
"Il gesticule et ses mouvements tracent comme un sillage
fluorescent, car il est théâtral par inadvertance, théâtral
au sens rigoureux du terme puisque la définition du mot est
: "Qui appartient au théâtre", le préface très
justement Frédéric Dard qui précise : Georges
fait mieux qu'appartenir au théâtre, il est le théâtre.
C'est une opérette perpétuelle ! Qu'il joue au volley
ou vous passe le ravier de hors-d'oeuvre, il garde le même
rayonnement scénique. Il vit naturellement en état
de représentation, ce qui explique qu'il soit naturel à la
scène."
Nature qui fait qu'on se demande en effet si on est dans le vrai
ou bien dans l'irréel quand on est avec lui, lui dont la voix
telle que sur la scène, telle que sur le disque -telle que
dans le chant- brille, emplit l'espace, envoûte et vous prend
en parlant.
Ainsi naturellement théâtral parce que la voix l'a
rendu tel ?
|
12. IMAGE VOCALIQUE ?Car si la voix reflète la santé, le travail sur la
voix à l'inverse rend la santé, change l'être,
lui rend âme.
L'âme : la cavata.
"Georges Guétary a-t-il la cavata ?"
s'interrogeait autrefois un journaliste
intrigué comme tant d'autres par cette particularité du
timbre.
"La cavata, expliquait-il, c'est le charme mystérieux
qui fait vibrer les cordes du violon des très grands virtuoses."
Or quand il parle, parle, parle en aparté, volubile à l'infini,
Georges Guétary dans la vie, écoute-t-on ce qu'il dit
ou se grise-t-on de la parole qui vole et fait qu'on décolle
? Certes, il emmène, enlève, emporte dans son sillage
d'anecdotes de projets, de tactiques et de rires (car il est gai,
gai, gai, toujours gai); certes, il subjugue et ravit par le discours
inattendu et fascinant vraiment; mais il capte tout autant par son
chant permanent qui déborde par tant de riches et rares harmoniques
qui émergent de tout son être qui vous fait vibrer à votre
tour -et telle est une autre part de sa dynamique, celle de la contagion
qui court-circuite la vôtre en hibernation à laquelle
il donne animation, soit âme !
"En effet, au-delà de la qualité, de la
couleur de la voix, au-delà d'une certaine richesse due à l'anatomie
de l'émetteur, il existe en profondeur une autre appréciation
fondée sur les sensations déclenchées par le
chanteur, confirme le Professeur Tomatis. Celles-ci se répercutent
alors sur l'auditeur, tant il est vrai que chanter, c'est jouer du
corps de l'autre, tout comme parler d'ailleurs."
Et par cette "voix osseuse" peut-être, si chère au
Professeur Tomatis, voix faisant résonner toute la charpente
du corps, Georges Guétary ne fait-il proprement chanter, chanter
l'être qui s'enchante, comme Iva Barthélémy confirme
la réalité du fait quand la subjugue elle aussi telle
voix au bout du fil, une voix hors des communes et des malades et
des coincées qu'elle vient de décrire ?
"(...) Et puis bien sûr, la voix séduisante,
ensorcelante, enveloppante, toutes vibrations déployées,
je résiste mal à cet étalage de charme et le
choix des mots, presque toujours, ajoute à mon plaisir...
Laissons libre cours à notre imagination : j'ai Don Juan au
bout du fil."
"C'est assez dire que la vibration prime sur le mot, parce
qu'elle est plus révélatrice que lui, insiste Serge
Wilfart; la vibration authentifie le mot et le mot ne prend tout
son sens que s'il est en harmonie avec la vérité vibratoire
de la voix qui l'exprime."
Car si Georges Guétary, le Grec, vous sort dans le courant
français étonnamment assimilé des mots rares
que vous n'attendez pas, ce n'est pas seulement ce choix qui vous
choie, mais sa manière particulière de sculpter chacun
comme en son chant : de rendre chaque mot vivant et fascinant, allumeur
de vie.
"Pour réintroduire le minimum vital de sens dans
nos existences appauvries, précise ainsi Serge Wilfart, il
nous faudrait redécouvrir la tradition orale et, parallèlement,
réutiliser les alphabets tridimensionnels conciliant mots
et sons, esprit et lettre, phonogrammes et chiffres, comme dans la
kabbale, ou encore tendre, à travers la belle écriture, à une
synthèse picturale du monde des apparences et des principes,
comme dans la calligraphie traditionnelle."
Or, reflet également de la santé et de l'être
-et de l'âme-, l'écriture, de Georges Guétary
reste en ses quatre-vingts ans approchants ferme, élégante
et belle comme est nette et franche et légèrement montante
sa signature toujours pareille depuis sa création. Calque
du son. Dont l'articulation cisèle chaque voyelle ["La parole,
sonorisée par la voyelle, est l'alchimiste de l'âme" (Dia
Sym)], voyelle qui s'emperle dans l'accentuation large, intense et
constante qui anime l'espace tout à coup ensoleillé de
ce débit passionné -et passionnant.
Car n'est-elle, cette parole, d'un passionné selon la caractérologie
de Le Senne par laquelle le Docteur Mary-Louise Marco-Dutoit pense
qu'"on peut tenter de tracer une caractérologie vocale" ?
"Le passionné, lui, peut se livrer à toutes
sortes d'excès : de la tendresse exprimée sur un souffle,
les muscles expiratoires ne font aucun effort (...); cette décontraction,
cette détente musculaire exprime l'absence de velléité agressive
et justifie en partie la métaphore de la "voix caressante".
De la colère à la joie, les traits sonores de l'agressivité à la
tendresse se mêlent, la hauteur tonale monte, subit de brusques
sauts où les accents s'entendent plus nombreux, où les
inflexions sont plutôt ascendantes et où le mouvement
mélodique est sautillant, capricieux, imprévisible.
La joie reflète donc des mouvements très vifs, très
irréguliers, voltigeants, une aspiration dynamique vers le
haut d'où l'expression populaire : "la joie nous prête
des ailes"
"(...) sachez, surenchérit Michel Serres, que tout
vient de l'assise, de l'assiette, de la tenue à la terre,
de la sustentation, de la prise animale du sol par la plante des
pieds, de l'accrochage solide à de longues racines par les
orteils, que je ne sais quelle source brûlante vient de je
ne sais quel courant chtonien [v. V !] et que tout monte le long
des colonnes musculaires des jambes, des cuisses, des fesses et de
l'abdomen, que cette voix qui crie ou qui dit, qui signifie, doit
son inspiration profonde à cette fondation, et que vous ressemblez
ce jour, ce soir ou cette nuit à l'antique Pythie qui ne pouvait
dire ou signifier qu'au-dessus des vapeurs émanées
du ventre de la terre, vous pouvez les capter avec les membres inférieurs
: la voix vole si les ailes du verbe vous poussent aux chevilles;
vous reconnaîtrez que vous pouvez parler, chanter, incarner
le verbe dans votre corps au bonheur des genoux et des métatarses.
La musique, le sens, comme l'extase sont issus de ces ressorts. La
voix volante vient de la terre, par le corps-volcan. L'âme
vente de plain-pied."
"Je lui ai appris à bien marcher, je lui ai appris à bien
chanter", revendique Mistinguett...
"Dès la naissance de l'astrologie, on a attribué les
différentes partie du corps et les maladies qui s'y attachent
aux signes du zodiaque", surprend l'astrologie qui souligne : "Même
Hippocrate obligeait ses élèves à étudier
l'anatomie zodiacale. Ainsi, le Verseau correspond aux mollets, aux
chevilles et à la circulation du sang."
Qu'ajouter ?
Que se confirme que la voix dynamise l'être, esprit et corps
qui s'érigent enchantés par écho-résurgence
de cette voix lointaine qui venait nous appeler à verticalité en
notre errance matricielle -en "cette source brûlante"; que
s'impose brusquement comme fondamental ce qui se prenait comme banal,
anecdotique et même comique : les juvéniles exploits
sportifs de l'artiste, courses et sauts, comme sa fascination ensuite
pour le ballon que le volley-bail fit passion -et revient, précis,
significatif l'ahurissement de Francis Lemarque quand avant fin d'une émission
qui les avait réunis à Paris le 1er janvier 1994, Georges
Guétary s'en va :
- Tu t'en vas ?
- Je dois prendre l'avion : je rentre à Cannes.
- Quoi! Tu es venu de Cannes ?
Guétary rit, dit :
- Oui !
Francis Lemarque reste ébahi.
Lui, il rit -rit encore, rit toujours, rit tout le temps-, il
complète :
- Je suis venu, j'ai fait mon métier. Maintenant
je repars : je vais retrouver la maison, ma femme, mes enfants, je
vais jouer avec les enfants.
- Tu ?...
Ils ont trente-six et trente-huit ans, les enfants.
Il rit :
- Oui, nous allons jouer au ballon.
|
13. IMAGE LUDIQUE ?Âme d'enfant ("L'âme vente de plain-pied"), âme
qui rit, âme qui vit, image d'Hermès, fera percevoir Michel
Serres -image Verseau, dira son thème astral-, figure d'une
nature théâtralement authentique qui se joue des conventions
socio-politiques, qui transfigure le quotidien maléfique, qui
manipule l'humain à sa guise, ludique comme tyrannique, homérique
touchée de grâce mythologique, Georges Guétary
est image du chant, source de vie.
"Rendre l'âme en un dernier soupir", dit l'expression courante.
Comme si tout au long de la vie on l'avait cachée. Georges
Guétary, lui, la reflète par sa voix qui est chant
tout le temps, voix et chant de vie qu'elles honorent et glorifient;
qui se rient de la mort ?
"Je n'ai qu'un souci
"c'est de rester jeune "dans la vie !", ça peut se convertir en retournement
d'interprétation : "Tant que tu chantes, clair, tu vis joyeux
et tu restes jeune !" C'est vrai, c'est exemplaire. C'est vrai aussi
que le rire et la parole, ça se partage -qu'il leur faut un écho,
une écoute : un auditoire. Mais de là à la gloire, à la
course exacerbée à la gloire ?
Exorcisme ?
A moins que nos critères et décryptages ne concernent
pas cette stratosphère où il flotte
-image du mirage en rivage ?-
ou qu'il attende, Prométhée après Tantale,
que l'aigle qui lui ronge le foie soit tué par Héraclès
? Or la flèche n'est-elle voix, voix qui chante, charme, désarme,
arme l'âme, enchante ?
"Je n'ai pensé qu'à t'emporter
"Près de la mer où je suis né, "C'est la raison de ma chanson "D'amour. "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- ... |
Traits remarquables de l'image astrologique.Verseau, cf. Brigitte Chéret :Le Verseau est un signe d'Air et n'a rien à voir
avec l'Eau.
Un des mythes du Verseau est Pégase, le cheval ailé associé à l'imagination
poétique; il atteignit le ciel et fut placé parmi les étoiles
de la constellation qui porte son nom.
Un autre mythe est celui de Ganymède, jeune homme
d'une beauté si éclatante que Zeus transformé en
aigle l'enleva pour le placer dans l'Olympe.
Verseau, cf.Laurence Petit :Fantaisiste, imaginatif, aérien, spontané,
insouciant, libre comme l'air... Le Verseau ne manque pas de charme,
il force de nombreuses sympathies.
Le Verseau est un signe de communication.
Une seule conquête l'intéresse... celle de
sa propre liberté et, à travers les autres, celle de
la société à laquelle il appartient.
Création : c'est l'un des aspects les plus évidents
du natif.
Très tôt il entend voler de ses propres ailes.
(...) est un éternel fugueur, toujours à la recherche
d'une terre promise. De temps à autre il visitera sa famille,
pour ne pas rompre tout à fait les liens et parce qu'il ressent
certains d'entre eux de manière sensible, humaine.
Toujours en effervescence, le natif se fait un devoir de
ne jamais s'habituer à une pensée, à une idée.
(...) Son imagination galopante, débridée, l'entraîne
sur des chemins de traverse que n'empruntent pas toujours les hommes
de son siècle. Il s'en moque. Il fait confiance à ses
rêves, même s'ils ne correspondent pas à la réalité du
moment.
Liberté : c'est le mot-clé du Verseau, son
aspiration la plus folle, la plus forte.
Le natif n'envisage pas la vie sédentaire. Pourtant
l'union affective avec une femme qu'il aime et admire le tourmente
souvent.
Tendu vers l'avant, le Verseau n'a pas le temps de s'éterniser
en regrets. Aucune douleur ancienne ne lui ronge le foie.
Tigre (astrologie chinoise), cf. Laurence Petit Shao-Hin :(...) déteste les conventions amoureuses de nos pères
qu'il juge dépassées.
A le voir agir, il semble que nul ne peut stopper sa course.
Le charme du Tigre est aussi irrésistible qu'anti-conventionnel.
Le Tigre ne donne pas de conseils mais des ordres !
Son franc-parler, son indépendance et sa détermination
ne laissent pas le coeur tiède. Un Tigre se fait adorer ou haïr
mais ne laisse personne indifférent. Superbe et généreux,
son autorité semble de droit divin, et ne sera pas du goût
de tout le monde. D'autant qu'il sait d'un coup de griffes acérées
et précis frapper exactement sur le point faible de l'autre
sans pitié.
Il possède un grand pouvoir de clairvoyance, et une
extrême rapidité de pensée. S'il n'aime pas les
profondeurs, c'est qu'il s'attache à la forme plus qu'au fond,
car il a besoin sans cesse de mettre en plein jour, même l'ineffable.
Peu influencé par les idées communes, son jugement sera
tranchant comme le sabre, ses opinions neuves comme la rosée
matinale. Sa pensée ne vit à l'aise qu'en toute indépendance
et son savoir ne sera jamais livresque.
Le Tigre déteste les institutions. Il préfère
vivre en toute liberté; même s'il vit chaque jour avec
la même personne, il aura souvent un autre domicile pour se sentir
indépendant. Il veut que son compagnon soit brillant et en même
temps uniquement préoccupé de lui.
Si le Tigre possède un orgueil démesuré,
il a aussi l'humour de savoir parfois rire de lui-même.
Le Tigre ne peut agir sans passion. C'est la clef de voûte
de la construction de sa vie, aussi bien dans le travail que dans ses
amours.
C'est un chef né. (...) Ce signe semble être
toujours voué à la réussite qu'il attire avec
chance et savoir-faire.
Le Tigre est un être émotif. Il agit et réagit
sur l'instant, et son coup de griffes sera cruel car il a mauvais caractère.
Mais pour qu'il s'encombre de rancune, il faut qu'une nouvelle émotion
vienne raviver une plaie assez profonde pour ne pas s'être refermée.
Il ne peut vivre sans séduire, car c'est pour lui
la clé magique qui lui ouvre la porte de l'aventure. (...) Mais
pour le séduire, (...) et surtout être disponible.
Suzanne White, cf. double astrologie :Les Verseau/Tigres aiment rester jeunes. C'est pourquoi
il est rare qu'ils se marient et fondent une famille dans leur jeunesse.
|
| Merci à votre visite, avec l'espoir de votre retour
: Abonnez-vous à notre lettre d'information |
||||||
| Retour au début de la page, au sommaire
de la page, au sommaire du chapitre Poursuivre/Sortir 1. Par liens que suggère la page ;
Si elle n'est pas présente, l'appeler
par ce lien.
|