III. L'IMAGE VÉRIDIQUE :
Cette lumière qu'il suggère, en laquelle il surgit
côté cour, cette lumière qui le suit et le traduit
solaire jailli du levant où il repartira finalement, c'est sa
femme
qui la produit, qui la régit, rigueur et amour conjugués.
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de page
: A. Biographie synoptique B. Réalité des images
Principaux traits astrologiques Sorties |
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Ma bibliothèque ne regorge pas de livres
d'astrologie, surtout, ne croyez pas cela ! Mais il faut tout de
même bien accorder une certaine confiance aux astres, et ceux qui
ont présidé à
notre naissance nous laissent bien quelque chose, un certain signe, un
certain
sceau, si l'on veut, dont nous gardons l'empreinte.
Tasso Janopoulo,
Notes et anecdotes. Bien qu'Hermès, divinité
olympienne,
symbolise l'intellect sous sa forme saine, proche de l'esprit, il
n'empêche que dans la signification d'Hermès se retrouve
l'allusion à une forme de l'intellect peu élevée
et purement utilitaire :
Hermès est la divinité qui préside au commerce.
Mais,
de plus, dans cette figuration olympienne de l'intellect se trouvent
unies
toutes les transformations possibles de cette fonction lucide, et
Hermès
possède même la signification de l'intellect perverti : il
est
le protecteur des voleurs. Le mythe sait donc très bien
discerner
la forme perverse de l'intellect, tout en condensant souvent les deux
formes
en un seul symbole.
Paul Diel,
Le symbolisme dans la mythologie grecque. |
1. IMAGE ASTROLOGIQUE ?L'esprit cartésien veut refuser telle description,
telle
explication contre raison. Peut-il passer outre toutefois quand il
reconnaît
"son personnage" révélé à travers les
signes
par telle spécialiste du zodiaque que l'intelligence et les
intérêts
culturels hors du commun portent aux antipodes du monde des
variétés
et de la chansonnette -et qui ne connaît pas Georges
Guétary
? C'était en 1986, en un coin isolé des
Pyrénées,
et la "pythie", sur seule base de la date, du lieu, de l'heure de
naissance
et du sexe, non seulement dessina un portrait étonnamment
ressemblant,
mais "vit" en outre que 1987 déciderait l'arrêt des
activités
...qui très certainement seraient tout aussitôt reprises
dès
1988 par impossibilité de l'être de se soumettre à
cette
décision contraire à sa nature.
Surprenant, quand on sait que la réalité
donnerait
raison à la prédiction ! Interpellant dès lors.
Interpellant et passionnant, car l'analyse précise la
dualité que nous a suggérée nos propres
investigations, dualité qu'escamotent assez
généralement les définitions astrologiques qui
insistent sur l'aspect aérien et fluide du personnage, soit
l'uranien,
cependant que le contrarie Saturne dont "la force tend à
cristalliser,
fixer dans la rigidité les choses existantes et s'oppose ainsi
à
tout changement." (Dic. Symb.), soit tout le contraire du Georges
Guétary
que nous ne connaissons que par son autre "planète
législatrice",
Uranus, "d'instinct tourné vers les exploits et les prouesses
(...),
possédé par l'instinct de démesure et de puissance
(...)
archétype de l'hyper-individualisation qui particularise
l'être
humain dans une originalité surpersonnalisante, cela dans le
paroxysme
du Moi en quête de l'unité la plus explosive, et tendu
vers
un absolu." (Ibid).
Et revient par cela en la mémoire le récent
élan de ce septembre 1994 dont seront ici par discrétion
et respect de la
confiance tus les noms :
"En février je présente mon Jubilé
à Paris. Et tu vas voir : personne, ni Tel, ni Autre
même -Untel peut-être, encore qu'il (...)- personne, tu
peux chercher !,
personne n'aura réussi ce que je vais faire : ma sortie en
pleine forme
à 80 ans -pour mon anniversaire ! Ma sortie après
cinquante-sept ans de métier où j'ai tenu après
avoir explosé à Paris, puis à Londres qui m'a
aussitôt fait vedette alors qu'on ne m'y connaissait pas -pas
plus que dans mon pays que j'ai conquis
en une nuit-; aussitôt après c'est Broadway qui m'a
sollicité
et m'a accordé le Prix de la meilleure interprétation
étrangère;
et puis c'est Hollywood par quoi je deviens vedette internationale....
"Qui, dis-moi, peut prétendre à
ça, à 80 ans et en pleine forme après
cinquante-sept ans de métier sans arrêt ?
"Et qui, dans la nouvelle
génération,
pourra y arriver, y arriver en s'imposant dans tous les genres, pas
seulement
la variété, pas seulement le disque, mais le classique,
la
comédie musicale, ... Ah! la comédie musicale ! Ils n'en
veulent
pas, les jeunes ! Hé! c'est qu'il faut des c. pour ça,
permets-moi
l'expression ! Ils préfèrent x galas, c'est moins
fatigant
...et surtout ça paie mieux !
"Qui ?
"Je ne vois pas.
"Unetelle peut-être. Mais je crains qu'elle
soit
fragile...
Démesure ? Appréhension ?
Exorcisme ?
Ce ne fut pas l'Olympia promis, mais Bobino, ce ne fut pas
un nouveau spectacle, mais celui de l'"Au revoir" qu'il promenait
depuis des années. "Peau de chagrin" en quelque sorte
malgré la bonne présence publique et le succès
à chaque représentation.
Ce fut la blessure, c'est certain. Jumelée à
quel sentiment ? Amertume, révolte, abattement, tristesse, avec
la prise de conscience lucide d'un terme, d'une...
déchéance ? Prétendre connaître exactement
ce ressenti profond serait présomptueux. Il ne fut ni sagesse ni
abandon en tout cas, puisque les vacances lui firent oublier sa
fatigue, accepter de repartir en tournée dès semptembre,
et, surtout, de monter enfin cette comédie musicale qui le
hantait, La Vie est un Festival.
Le rideau final romprait ces rêves...
Que reflète, jusque dans l'aparté de
connivence, ce besoin exacerbé de
reconnaissance glorieuse ? Le souterrain sous apparence, le continuel
conflit de l'être avec
lui-même et fardant par l'image de lumière une ombre qui
ronge, ombre que décelait
le thème natal en Pyrénées, ombre que repousse
l'activité
acharnée à l'insu même de l'être ?
20 h., un soir d'été de 1994 en total
relâchement d'activités, ce n'est pas lui qui
décroche à la nécessité d'un appel
téléphonique, mais sa femme :
"Il vient de se retirer pour chanter durant une
heure
-peut-être que vous l'entendez- : il vous rappelle ou vous
rappelez
? Car si je vais le déranger, vous le savez, il ne sera pas
content...".
Confirmation dans le vif et l'imprévu de ce que tous
ceux
avec qui il a collaboré ont dit depuis toujours :
discipliné
et travailleur incorrigibles.
"Aide-toi, le ciel t'aidera" : nous pouvons être
nés
sous une bonne étoile, rien ne se fera sans nous -sans effort.
Soit, le physique et la voix lui sont venus comme ça -encore que
la voix, ça se prépare, ça s'entretient, ça
se travaille longtemps, longtemps, longtemps ...et constamment.
Mais le reste ?
Il aurait pu monter sur la scène de l'Adelphi sans
avoir
durant trois mois étudié l'anglais d'arrache-pied, sans
avoir
répété, répété et
répété,
jamais il n'aurait arrêté le spectacle par l'appel au bis
inaccoutumé en Angleterre ! De même, ...-inutile de
rappeler encore tous ses succès,
ailleurs énumérés (v. intro), soulignons qu'ils ne
sont
pas l'effet de la seule chance.
Chance qui le sert, certes et le fait exceptionnel ...parce
qu'il
a su par travail, par maîtrise, répondre à cette
possible destinée.
Destinée...
Même si, goguenard à l'égard de ces
forces
cosmiques qui présideraient à notre destinée, on
est
confondu quand la réalité paraît justement les
refléter, il ne faut pas ici s'en contenter, quoique
satisfaisant l'appel séduisant de l'image rêvée :
se tourner dès lors vers le plus crédible
psycho-sociologique dont l'appartenance et la démarche
scientifiques
exige des faits pouvant proposer des supposés à
vérifier
: des hypothèses davantage que des assertions fabuleuses.
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2. IMAGE PSYCHO-SOCIOLOGIQUE ?Est fait que né septième de dix enfants, il
a bouleversé le rang, devenant seul célèbre du
clan
hors duquel quittant Alexandrie à dix-neuf ans, il bondit vers
Paris
d'où il jaillira vedette superbe après avoir
écarté
le projet que le sacré conseil de famille
méditerranéen
lui avait dessiné : les affaires au retour après les
études
commerciales. Est fait que briller -que se distinguer- le talonnait
dès
avant déjà, puisqu'il avait attiré là-bas
sur
lui l'attention des siens, des copains et des filles par ses prouesses
sportives
qu'il ne cesse de rappeler. Comme il ne manque jamais de souligner que
l'auteur
originel de Pour Don Carlos est "de l'Académie Française"
(Pierre
Benoît), autant que celui de La Polka des Lampions (Marcel
Achard),
et que s'il n'est de cette noble institution, il n'est pas de moindre
renom,
cet autre par qui il s'est fait préfacer, Frédéric
Dard,
librettiste de Monsieur Carnaval...
Faiblesse ?
Ou, plutôt, besoin de se présenter et de
s'affirmer
autre que supposé superficiel de la variété ?
Dès lors complexé ?
Sous emprise d'un sentiment intériorisé de
culpabilité
? Déjoué par l'enjoué ? Contré par
l'activité
? Exacerbé dans la nervosité colérique ?
Animé
ainsi d'un besoin de prouver, de se faire et reconnaître sinon
pardonner,
comme le perçoit cette analyse pyrénéenne du
thème
de naissance ?
Est fait à cet effet que la propulsion glorieuse alla
à
l'encontre de la décision familiale : devenir artiste, soit
saltimbanque
ou moins que rien, niait le souhait de le faire comptable, bien
autrement
respectable. Mais quoi! l'écart baigne dans l'aura d'une nuit de
Noël, n'est-ce pas ?
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3. IMAGE MAGIQUE ?C'est le miraculeux, on n'y peut rien, c'est le destin,
Inch Allah!, c'est comme ça ! Mieux : on doit lui être
reconnaissant,
au ciel, de le prendre ainsi sous son aile, le petit Lambros, non ?
D'ailleurs,
il s'est montré égal à lui-même, le petit
Lambros
de rien du tout, quelconque perdu parmi ces grands -et quels grands :
Jacques
Thibaut, Milstein, Kreisler, Cortot, Ninon Vallin !- venus comme rois
mages
ce 24 décembre dans l'appartement de l'oncle : ils lui ont
demandé
de chanter, il s'est exécuté, obéissant comme
toujours;
pouvait-il deviner qu'ils allaient après lui suggérer
d'en
faire son métier, lui pour qui chanter était comme
respirer
?
Oui, Lambros ! Et puis, tu sais aussi qu'au fond ça
te
séduit, le mot "artiste" dont tu suis, ici à Paris, les
réussites, dont tu vis, ici à Neuilly, le quotidien hors
train-train dont l'oncle est exemple d'entrain, l'oncle que tu sais au
fond de lui ravi de te voir quitter les chiffres pour les notes,
...l'oncle paravent contre mama et le
frère aîné, Christos, l'oncle Tasso Janopoulo qu'on
a
appris à respecter là-bas, puisque accompagnateur du
grand Jacques
Thibaut, l'oncle qu'on ne grondera pas, n'est-ce pas, puisque
s'étant chargé d'un des dix enfants quand papa n'eut plus
de travail...
Joli, Lambraki !
Si joli qu'il se met au travail avec volonté, avec
ténacité, avec constance, avec
persévérance, même si certains cours
l'ennuient parfois, comme ce solfège, cette harmonie, où
on
le traite comme un enfant de dix ans; même s'il ne perçoit
pas
immédiatement la nécessité des leçons de
chant
de Madame Vallin, lui le Méditerranéen pour qui chanter
est
si spontané -or remarquez, signe de travail et de
contrôle, la
pureté de la diction des premiers disques de ce Grec qui
connaissait à peine le français quand il est
arrivé à Paris (c'est plus tard que reviendra en surface
un retour à un accent non
surveillé, naturel, instinctif et non "soigneusement
entretenu"); même
quand l'oncle n'est pas là parce que les tournées
l'envoient
aux différents coins du monde -et imaginez comme il aurait pu,
extirpé
de la misère du dix-neuvième siècle nord-africain,
profiter
et abuser de la liberté, ce jeunot débarqué en
Paris
des années trente !
N'empêche : l'oncle même, l'oncle si
généreux, il allait le tromper, lui aussi, il allait le
trahir, Lambros-Judas du troisième
chant du coq !
Il avait trahi la confiance de la famille, mère et
frères aînés en tête, voici qu'il trahissait
Tasso le généreux mentor, Tasso le si bon père
putatif.
Car c'est vers la musique classique que les cours de
l'École Normale Thibaut-Cortot-Casals et les leçons de
Ninon Vallin destinaient Lambros : vers une carrière de
concertiste probablement. Or voilà que le destin -le destin qui
a bon dos- vient contrarier le chemin : l'organisateur de concerts
Valmalète signale à Lambros que Jo Bouillon organise une
audition pour remplacer son chanteur momentanément
défaillant; ce n'est pas sa voie, ça, c'est contraire
même à la voix
qu'il prépare, mais il y va, séduit sans doute par la
célébrité
en marche de tels compagnons de cours, Jean Lumière, Reda Caire;
et
c'est lui que choisit Jo Bouillon !
Et Tasso si bon ne dit pas non ...et l'aide même,
puisque
telle est la tentation du neveu.
Ouf !
Et "ouf !" que double le premier succès
d'applaudissements
adressés à sa personne !
Et "ouf !" que triple le troisième succès plus
important quand Mistinguett le repérant le prend avec
procès à la clef de Jo Bouillon !
Après avoir endossé, Tasso a donc
encaissé
et, plus fort que ça, aidé, favorisé, ...tandis
que
la distance et le lointain le séparant des siens, ça fait
rempart : ça s'arrange, ça s'oublie ...ou s'enfouit, tapi
prêt à surgir, présent tout le temps, le sentiment
de culpabilité : "Aussi est-ce avec une sorte de
piété filiale que je prêtai mon concours à
une soirée artistique donnée Salle Chopin
lors du séjour à Paris du Prince et de la Princesse
Georges
de Grèce", écrit-il dans Les hasards fabuleux;
aussi
voit-il devant lui Tasso chaque fois qu'il chante la Valse en la
de
Brahms qu'il destine à l'oncle plus qu'au public, en forme de
gratitude
sinon comme signe qu'il n'a pas démérité.
Dualité sinon duplicité; et corde raide
peut-être entre l'irrésistible tentation d'ici et les
attentes déçues ou de colère d'Alexandrie.
Ne pas faillir, ne pas choir -ne pas décevoir !
Ce n'est pas aisé quand, fi de la Mis, tout à
coup,
on veut compter sur soi, partir, monter, briller en solitaire ...et que
vient la guerre qui laissera à l'oubli un premier court
métrage qui
aurait pu le faire connaître grâce au ténor Antonio
Pareira,
devenu compositeur.
C'était en 1938. "Je me rappelle que
rentrant
des éditions Vedette où il était passé,
papa
partagea avec nous son enthousiasme après avoir rencontré
le
tout jeune Georges Lambros dont on commençait de parler, nous
rapporte l'auteur célèbre, la princesse Myriam de
Béarn, fille de cet artiste : "Son élégance
naturelle, son très beau
visage, sa musicalité, sa voix -enfin- très
"personnelle", tout
cela laisse prévoir une future star.", nous confia-t-il sans
réserve.
Il s'efforcera ainsi de l'aider, de le faire connaître
(peut-être
même l'accompagna-t-il au piano en tels "extras") : il lui
composa
les chansons d'un court métrage convenu avec le
réalisateur
Bernard-Roland et qui devait à leur sens concourir à
lancer
le jeune artiste qui leur donnait foi. Mais la guerre éclata au
moment
où Quand le coeur chante devait être produit."
La guerre.
1939.
A la fin de l'été, Georges part à
Saint-Jean-de-Luz où est son oncle qu'accueille
régulièrement Jacques Thibaut
:
"A Zortico, mon neveu est venu me
rejoindre.
Je lui enjoins de regagner l'Egypte qui est son pays natal et où
se
trouve toute sa famille.", se souvient Tasso Janopoulo qui poursuit :
"Avec une froide détermination, il refuse :
"- La France n'est pas ma patrie, d'accord !, me
dit-il. Mais, mon oncle, tu m'y as appelé et c'est le pays
où je suis
devenu un homme. Et parce que ce pays que j'aime est en guerre, je
devrais
partir pour sauver ma peau ? Qu'est-ce que cela vaut à
côté de ce qu'on aime ?"
Georges décide de repartir à Paris
pour
se faire engager.
"Pour l'heure, l'exemple pour moi parle mieux que
toutes les injonctions, continue Tasso : puisque mon neveu est
inflexible, il partira
mais je m'engagerai avec lui."
La raison avouée, n'en cache-t-elle pas une plus
profonde
qui n'exclut pas celle-là que prouve d'ailleurs la
réponse
officielle de l'Administration ? Rentrer après avoir
commencé
à grimper ce rocher escarpé du vedettariat, prendre la
poudre
d'escampette pour "la fuite en Egypte", c'est tomber au niveau
zéro,
c'est chuter ...et subir peut-être sarcasmes ...et
anathème
: il faut tenir !
Ivresse et fierté qui cachent, exorcisent, chassent
peur
ou malaise ?
Toujours est-il que refoulé en zone libre,
désemparé et déboussolé -et s'approchant
involontairement de la côte méditerranéenne qui
peut avec la nostalgie l'amener à capituler : à rentrer-,
il croise le célèbre accordéoniste Fredo Gardoni
qui le reconnaît et veut l'engager. La joie le ranime : il
devient Georges Guétary après s'être fait appeler
Georges Lambros à Paris.
Soit, c'était plus prudent de s'appeler ainsi
à
l'époque, mais l'oncle, lui, ne renoncerait pas à ses nom
et
prénom grecs, bien qu'autant menacé ! Il faut
reconnaître
que c'était plus typique, "Guétary", et aussi plus
aisément
mis en mémoire du public. Mais c'était une rupture aussi
-une
nouvelle- : basta, fini Georges Lambros, je deviens autre, je deviens
moi
!
Et c'est un fait, un autre fait encore, que L'homme de
nulle
part, premier enregistrement connu de Georges Guétary,
diffère assez de Seul sur la grève/Le vieux tilleul,
seule trace trouvée
de Georges Lambros : le timbre y est, l'aptitude, la clarté, la
hauteur,
mais aussi un certain corset, un certain cachet classique, tandis
qu'après
le passage par Gardoni précédé de Mistinguett, le
mouvement,
l'aisance, les élans imposent la griffe Guétary qui
durant
cinquante ans bougera moins qu'entre ces deux moments-là
s'étalant
sur cinq ans.
Guétary, Georges.
"Georges" deux fois pris, jamais remplacé.
"Georges" s'associant idéalement à
"Guétary"
(du nom de la plage basque de Guéthary proche de
Saint-Jean-de-Luz), puisque de même première lettre
porte-chance, puisque de même nombre de lettres 7 magique.
"Georges", prénom de papa.
Chance et magie, assertion de mama... dont il est, comme
Poucet,
septième né.
Mama adorée à qui il est si reconnaissant de
lui
avoir inculqué le discipline et la maîtrise, mama qu'il
ravira
dix ans plus tard aux frères et soeurs pour l'installer chez lui
à Cannes en un pavillon qu'il lui construira et d'où elle
ira à sa guise, grâce à sa fortune à lui,
à Athènes, à Alexandrie, où elle le voudra
voir ses autres enfants et petits-enfants.
Reconnaissance et amour à la mère.
Renaissance et gloire au père.
Au père perdu, mort sans qu'il le sache, Lambros,
durant
la guerre.
Père dont il dit peu mais assez pour savoir qu'il
l'aimait
et l'avait perdu une première fois déjà,
là-bas chez eux à Alexandrie : quand vint la grande
crise, il perdit son travail
épuisant de planteur de coton, papa, et c'est
l'aîné des
enfants, Christos, qui avec mama, apporta l'argent, blessant à
mort
probablement et sans qu'il l'avouât ouvertement Georges Worloou :
"Avec la crise de 1929, évoque Les
hasards
fabuleux, mon père perdit son emploi et, pour nous faire
vivre,
maman, bien qu'enceinte, veillait toutes les nuits et fabriquait des
chapeaux qu'elle allait dans la journée vendre de porte en porte.
"Comme nous arrivions au bout de nos ressources,
mon
frère Christos dut quitter le lycée pour entrer dans une
compagnie
d'assurances. Il n'en continuait pas moins à étudier le
soir
et à se perfectionner. Si bien qu'à l'âge de
dix-sept
ans, son salaire représentait une part si importante du budget
familial
que Christos en vint peu à peu à supplanter mon
père
et à prendre des décisions concernant notre vie
quotidienne. Bien vite, les avis de Christos, puis ceux de Costas qui,
à son tour,
avait trouvé un emploi, différèrent de ceux de
papa
dont l'autorité naturelle se trouvait ainsi franchement
contestée
alors que, jusque-là, il avait été le patriarche
incontesté.
Il se fit mal à ce nouveau rôle et, plutôt que de se
mesurer
à ses fils aînés, il choisit de passer le plus
clair
de son temps à jouer aux cartes avec ses copains en fumant
cigarette
sur cigarette."
Père qu'il ravive en lui ravissant son prénom;
prénom "Georges" par ailleurs symboliquement signe de terre
...contraire de la force
primaire du Verseau, contraire, dualité toujours, du chant
premier
de Georges Guétary, L'homme de nulle part.
Père comme la mère ravi aux autres,
fût-ce
symboliquement.
Ravisseur...
Prométhée ?
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4. IMAGE MYTHOLOGIQUE ?"La symbolisation mythique est un calcul psychologique
exprimé en langage imagé", éclaire Paul Diel.
Mais Prométhée, c'est le feu qu'il ravit, aux
dieux
!
Mais la gloire, la puissance, l'argent, n'est-ce feu, comme
feu
qui le brûle de briller -de prouver ?
Et sinon Prométhée, Icare ? Tantale ?
Ou ces trois-là successivement ?
Quand, précédé de la gloire, il passera
à Alexandrie en 1946, juste avant Londres qu'il sait l'attendre,
juste après Athènes qui vient de porter son nom au
Parthénon, ...et avant l'Amérique qui l'appellera, il
l'ignore encore, Amérique que
caractérise l'ère du Verseau, son signe d'air et de
liberté -donc de fugues-, il allégera son âme en
même temps que
sa bourse au profit de la famille, conscient que gagner tant d'argent
en
si peu de temps, c'est injuste et suspect pour ceux qui sont
restés : en même temps qu'il prouve sa reconnaissance, en
même temps qu'il prouve qu'il s'est fait -en même temps
qu'il s'est, s'il le fallait,
fait pardonner-, il se dégage de la tutelle fraternelle, il
s'acquitte.
Mais est-ce suffisant ? Inconsciemment suffisant ? Car tout
cela,
n'est-ce pas, s'infiltre, rampe, entortille comme serpent à
l'insu
de l'être.
"Il ne faut pas oublier que j'étais venu à
Paris
pour me perfectionner et que ma voie était toute tracée
à l'exemple de celle de mon frère aîné dont
j'admirais l'ascension
sociale."
révèlent, assez significatifs, les souvenirs :
"l'ascension sociale."
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5. IMAGE SOCIOLOGIQUE ?"Le Grec", l'appelait-on en 1934-36 à Paris. Ce
n'était
pas méchant probablement, ni raciste certainement, venant des
compagnons de cours divers. N'empêche, après avoir
été chez
lui le brillant, il subissait ici, fussent-ils gentils, les sarcasmes;
et
fût-elle cosmopolite, Alexandrie, sa "patrie", elle n'en
était pas moins d'adoption sous tutelle anglaise. Jamais on ne
l'a entendu exprimer un quelconque propos raciste. Il semblerait
même qu'il dût atteindre
ses trente-cinq ans pour devenir conscient du fait : à Broadway
d'abord,
quand le frappa l'animosité qui opposait Nanette Fabray,
blanche,
à Pearl Bailey, noire; à Los Angelès
aussitôt
après, quand s'éveillant d'une sieste sur une plage
déserte,
il découvrit qu'il y était le seul blanc.
Quelle superbe revanche en tout cas que ce triomphe du petit
Lambros en si peu de temps devenu internationalement brillant alors que
peu de temps
encore auparavant, il allait pieds nus là-bas en Orient !
Et quelle superbe revanche hellène aussi !
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6. IMAGE ETHNIQUE ?Sachons qu'en Egypte ils étaient les parias, en
quelque
sorte, les Grecs : des subalternes, des besogneux pour le moins, venus
de
Grèce mendier l'hospitalité et le travail, de
Grèce
vaincus d'où les avait chassés la poussée turque :
dans
le quartier Salah el Dine,
"(...) nos copains étaient de toutes
origines
: Italiens, Koptes, Arméniens, Français, Juifs d'Afrique
du
Nord... Et mis à part les Anglais qui étaient
cordialement
détestés -comme toute force occupante-, les rapports
entre
les diverses communautés étaient simples et fraternels."
Or, pour se faire admettre par l'Anglais, alors
maître
en Egypte, grand-père avait troqué la sonorité
hellène de son nom Vorloglou contre l'assonance anglaise de
Worloou (ou Worlow); tout
avisé qu'il fût, il bafouait du coup son identité
s'il
ne la tuait. Car sachons que les Grecs connaissent leur passé
d'exemplaire
civilisation, qu'ils continuent aujourd'hui encore d'évoquer,
même
en milieux modestes tel que celui du petit Lambros qui entendait
chanter
son pays, le soir, par papa s'accompagnant à la guitare.
"Avec quelle émotion Georges parle ensuite
des
soirées familiales de son enfance : la plus grande joie de tous
était,
le soir venu, de se réunir autour du père et de
l'écouter chanter en s'accompagnant de la guitare.
- Quand j'étais très sage, poursuit
mon
neveu, papa me permettait d'en jouer à mon tour. Il chantait
avec
moi."
se rappelle Tasso.
Ainsi, plus qu'une identité reconquise, c'est une
identité conquise qu'il imposerait après l'avoir
créée ...ainsi qu'une divinité.
Car Georges Guétary c'est personne dans le sens
strict
! Il n'y a pas de père Guétary ! Il se crée, il se
fait
naître et du même coup renie la réalité de
naissance
Egypto-grecque, puisqu'il demande la naturalisation française.
Paradoxe !
D'autant plus paradoxal que c'est au moment très
précisément où sa mère -la
mère-terre- arrive en France : au théâtre du
Châtelet où le Président Vincent Auriol la lui
accordera, au théâtre du Châtelet où elle lui
apparaît venue directement l'applaudir arrivée
d'Alexandrie.
Il incarnait à ce moment-là qui souleva
l'imaginaire
tant il y parut proprement "rayonnant", comme le qualifie justement
Fernand Sardou, un magnifique Don Carlos, ce roi que châtia
l'exil !
Nous voilà bien au-delà du paradoxe : dans la
mise
en dérisoire de l'illusoire !
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7. IMAGE POLITICO-PATRIOTIQUE ?Car est-il dès lors véritablement
Français
?
Jamais il ne cessera de dire qu'il est Grec !
Admettons qu'il y ait là-derrière
-peut-être-
des raisons platement matérielles, telles qu'administratives, de
droit de séjour, de domicile, etc. Ça n'empêche
rien, ça n'exclut pas cette autre réalité plus
impalpable mais combien plus riche d'extrapolation !
Car revenons à ce "Guétary".
Il le prend -il le vole !-, ce nom, à la plage basque
de
Guéthary. Au grand dam de ce peuple qui aime et apprécie
le
chant, et n'apprécie pas qu'un étranger, qu'une voix
d'ailleurs
usurpe son identité, à laquelle il est très
farouchement
attaché. A ce vol, à ce rapt -le troisième !-
s'ajoute
la défiguration : h disparaît du nom, à cause du
faussaire
de cartes d'identités pour comble d'ironie gitan, soit sans
patrie
!
"Décidément, ce Georges, c'est quelqu'un !"
pastichera-t-on par la chanson.
Etrange : l'homme de nulle part avec une voix comme
personne fait un homme, fait un Nom... sinon une nation !
Mais c'est tout un mythe, ce Guétary !
Pour quelle puissante symbolique !
|
8. IMAGE HOMÉRIQUE ?Cette malice, cette ruse propre à Ulysse, son
illustre
compatriote, il en a la maîtrise déconcertante, dont nous
ne
citerons qu'un lointain exemple innocent.
En 1935 ou 36, là-bas à Saint-Jean-de-Luz,
l'oncle
Tasso n'a pu s'empêcher de vanter les mérites sportifs de
son
neveu, ses qualités de nageur émérite. Soit, on va
voir
ça, se dit-on là : qui ramènera le canard qu'on va
laisser
au loin sur les flots ? Les jeunes autochtones forcent leurs brasses et
leurs
crawls contre les flots, tandis que Lambros fait la planche, joue la
tortue
de la fable ...et fait rougir de honte Tonton qui n'a pas prévu,
pas
plus que tous ces hurluberlus, qu'un canard, ça n'aime pas la
mer
: Lambros, lui, savait qu'il suffisait d'attendre le volatile au lieu
de
s'épuiser à aller le quérir !
|
9. IMAGE SYMBOLIQUE ?Mais retournons encore à cette identité basque
usurpée, faussée par un gitan, prestigieusement
authentifiée
française et tout compte fait laissée pour rien puisque
Georges
Guétary vantera toujours son appartenance hellène : quel
sens
donner à ce jeu de cache-cache ?
Le mépris des règles d'Etats ?
La gifle à l'Anglais occupant (et rappelons qu'il a
conquis
Londres ...où vint l'applaudir et le féliciter la famille
royale -dont le prince Philip est, sans qu'il le sache même
alors, Georges, Grec !) et au-delà de l'Anglais et du Turc
à tout conquérant, à tout laboureur d'ethnie et de
civilisation ? Ayant mis à rien
son patronyme défiguré par le nom trafiqué,
Lambros s'est
refait à sa guise, neuf, libre, conquérant victorieux
sans
violence mais par le charme, par le chant -par ce souffle, substance
créatrice
des dieux : apatride sublime, Georges Guétary reconquiert
l'image
hellène de rayonnement solaire, monte en Olympe au rang de
demi-dieu
: le père qui lui chantait la Grèce, le
père-esprit peut
être ravi, son fils septième comme en les contes a rendu
la
fierté à son essence, a rappelé qu'un vainqueur
militaire
est toujours un vaincu de civilisation !
"Pas étonnant après tel exploit qu'il ait pu
parfois
prendre la grosse tête !", ironisera-t-on.
|
10. IMAGE CARACTÉROLOGIQUE ?Il sait reconnaître que la vanité l'a
animé
:
"Cette intense activité (<1948>)
me valait les honneurs de la presse et un public d'admiratrices sans
cesse
croissant. Je commençais à vivre "en pointillé",
sautant
d'un train pour monter en voiture, d'un plateau de cinéma pour
un
studio d'enregistrement, allant de galas en tournées.
J'étais
devenu la vedette qu'on adulait, qu'on interviewait à tout
propos,
qu'on fêtait à toutes les manifestations parisiennes et
dont
les magazines avides de sensationnel forgeaient peu à peu la
légende. L'argent me brûlait les doigts et je n'admettais
plus la moindre contradiction.
Je connaissais une espèce de folie comparable au vertige
qu'éprouvent
les plongeurs sous-marins. Je planais... Il me semblait tout à
fait
normal que les femmes me tombent dans les bras ou qu'elles
s'évanouissent
en m'entendant chanter, que le public s'écrase dans les
music-halls
où je passais et d'être ovationné à la fin
de
mon tour de chant.
(...)
"Par chance, dans cet univers
détraqué,
j'avais, moi, deux juges implacables qui, loin de me considérer
comme
le plus beau, le plus doué, ne se gênaient nullement pour
me critiquer et... m'engueuler si besoin était : mon oncle Tasso
et la
grosse Henriette qui m'ont préservé de devenir une star
prétentieuse
et ont su me replacer dans le chemin des réalités."
Mais le mal le reprendrait, et si la jeunesse pouvait
expliquer,
excuser Dédale, suivrait Tantale : comment renoncer aux contrats
à la gloire qui tentait, qui brûlait ?
Par le foyer, pardi !
Que dans son ombre tapie, mama lui reprochait de ne pas
fonder;
que dans son miroir son image infatuée lui conseilla en la
quarantaine de conscience de créer.
Pas aisé pour un Verseau volage d'entrer en cage !
Il fallait une femme d'intelligence et de patience rares !
Ce fut Janine Guyon, réalisatrice à la
télévision. Qui put comprendre et supporter des
incartades; qui put guider et amener à
paternité.
Bonheur et fierté d'une autre tonalité qui
ravit
mama en même temps que Tasso dont le livre d'ailleurs se
clôt
par un dialogue imaginaire avec le petit-neveu qu'il anticipe grand,
François ...ainsi prénommé parce que
Français -et se poursuit la facétie, on le verra.
Certes, le signe d'air Verseau, quoique plus
vraisemblablement
le métier, avait pu retarder la genèse d'un foyer.
Or,
la famille, pour un Grec, pour un Méditerranéen, c'est
beau,
c'est grand, c'est sacré, c'est impératif : une autre
raison
plus obscure, et inconsciente, plus profonde que les apparentes
possibles,
n'avait-elle atermoyé sa réalité ?
Il est si attaché à son origine, Georges
Guétary, qu'il lui arrive de préciser qu'ils furent
treize enfants dans sa famille
d'Alexandrie, alors que dix sont recensés. Ce n'est pas que la
mémoire
lui joue des tours, ce n'est pas qu'il galéjade : c'est qu'il ne
laisse
pas à néant trois fausses couches. Là encore il
ranime...
jupitérien toujours.
Quel frein dès lors plus puissant que celui des
courses
autour du monde put donc le retenir ?
L'image de mama adorée mais aussi abîmée
par
tant de grossesses qui la rendaient mère encore quand
grand-mère déjà ? L'image ainsi d'un père
irresponsable quoique adulé, image de plus en plus
écornée quand les frères le supplanteront ? Ainsi
s'expliquerait son double rapt : garder en soi l'image
idéalisée ...en attente de la réaliser ? Or voici
qu'après
la rédemption hellène vient la rédemption de la
famille
: la terre-mère, le père-esprit sont ressuscités,
ils
peuvent dormir en paix -et lui, être apaisé.
Mais suivra Hélène -"puisque Hellène" :
on
a compris, la poursuite du jeu de l'oie ?-, autre sujet de
fierté,
d'orgueil, sinon de vanité renaissante.
Car il continue de quérir la gloire alors qu'il
pourrait
s'arrêter, car il continue alors d'être méprisant
dans
la vanité ?
"Soyons francs. Aujourd'hui encore, lorsque les
engagements se succèdent un peu vite, je me surprends à
parler d'une façon
différente aux producteurs ou à mes partenaires"
...ou à quiconque se
trouvant
à portée de ses gifles :
"Pendant dix merveilleuses années,
Guétary a supporté mon humeur indisciplinée et je
me suis arrangé de son caractère entier, d'une
impitoyable franchise.",
note Jean Richard -qu'il convient
de
compléter en précisant que sont imparables ces franchises,
tant elles sont inattendues et excessives,
imprévisibles;
mais sans lendemain, lequel peut être d'amabilité, de
cordialité
et d'appel tout aussi imprévisibles ...et irrésistibles.
"En même temps que la voix change,
l'ensemble
de la personnalité évolue vers plus de transparence
nous apprend Serge Wilfart qui
poursuit
:
de plus en plus,
l'élève
ose être en force et en jugement, tant face à
soi-même
que sous le regard d'autrui."
Ayant retrouvé et entretenu et maintenu sa voix
originelle
-que les dressages continuels nous font perdre, banals mortels-, il
aurait
atteint dans sa superbe sa nature Verseau ?
|
11. THÉATRALE ou AUTHENTIQUE ?Décembre 1993 -puisqu'il faut bien choisir, se
réduire.
La pluie n'a cessé de tomber, drue, intense, depuis
des
semaines, et les inondations ont partiellement sinistré Cannes
où
il habite parfois : le toit d'un pavillon de sa propriété
s'est écroulé, ses chiens ont été envahis
de puces, et le maire l'invitait à son mariage tandis qu'il
devait appeler les
ouvriers, aller chez le vétérinaire, et
répéter, repartir en tournée, être là
ce dimanche après-midi au théâtre à plus de
mille kilomètres de chez lui.
Combien se seraient abattus, seraient restés contrariés ?
Lui,
il raconte. Et la situation prend dans sa bouche et dans sa gestuelle
une
dimension quasi épique; il n'est plus une victime, jouet des
éléments,
il est sujet, acteur-voyeur d'une geste véritablement; et vous
êtes
l'objet, happé par le conteur magnifique !
"Il gesticule et ses mouvements tracent comme un
sillage fluorescent, car il est théâtral par inadvertance,
théâtral au sens rigoureux du terme puisque la
définition du mot est : "Qui appartient au
théâtre", le préface très justement
Frédéric Dard qui précise : Georges fait mieux
qu'appartenir au théâtre, il est le théâtre.
C'est une opérette perpétuelle ! Qu'il joue au volley ou
vous passe le ravier de hors-d'oeuvre, il garde le même
rayonnement scénique. Il vit naturellement en
état de représentation, ce qui explique qu'il soit
naturel à
la scène."
Nature qui fait qu'on se demande en effet si on est dans le
vrai
ou bien dans l'irréel quand on est avec lui, lui dont la voix
telle que sur la scène, telle que sur le disque -telle que dans
le chant- brille, emplit l'espace, envoûte et vous prend en
parlant.
Ainsi naturellement théâtral parce que la voix
l'a
rendu tel ?
|
12. IMAGE VOCALIQUE ?Car si la voix reflète la santé, le travail
sur la voix à l'inverse rend la santé, change
l'être,
lui rend âme.
L'âme : la cavata.
"Georges Guétary a-t-il la cavata ?"
s'interrogeait autrefois un
journaliste
intrigué comme tant d'autres par cette particularité du
timbre.
"La cavata, expliquait-il, c'est le charme
mystérieux
qui fait vibrer les cordes du violon des très grands virtuoses."
Or quand il parle, parle, parle en aparté, volubile
à l'infini, Georges Guétary dans la vie,
écoute-t-on ce qu'il dit ou se grise-t-on de la parole qui vole
et fait qu'on décolle ?
Certes, il emmène, enlève, emporte dans son sillage
d'anecdotes de projets, de tactiques et de rires (car il est gai, gai,
gai, toujours gai);
certes, il subjugue et ravit par le discours inattendu et fascinant
vraiment;
mais il capte tout autant par son chant permanent qui déborde
par
tant de riches et rares harmoniques qui émergent de tout son
être
qui vous fait vibrer à votre tour -et telle est une autre part
de
sa dynamique, celle de la contagion qui court-circuite la vôtre
en
hibernation à laquelle il donne animation, soit âme !
"En effet, au-delà de la qualité,
de
la couleur de la voix, au-delà d'une certaine richesse due
à
l'anatomie de l'émetteur, il existe en profondeur une autre
appréciation fondée sur les sensations
déclenchées par le chanteur, confirme le Professeur
Tomatis. Celles-ci se répercutent alors sur l'auditeur, tant il
est vrai que chanter, c'est jouer du corps de l'autre, tout comme
parler d'ailleurs."
Et par cette "voix osseuse" peut-être, si chère
au
Professeur Tomatis, voix faisant résonner toute la charpente du
corps,
Georges Guétary ne fait-il proprement chanter, chanter
l'être
qui s'enchante, comme Iva Barthélémy confirme la
réalité du fait quand la subjugue elle aussi telle voix
au bout du fil, une voix hors
des communes et des malades et des coincées qu'elle vient de
décrire
?
"(...) Et puis bien sûr, la voix
séduisante, ensorcelante, enveloppante, toutes vibrations
déployées, je
résiste mal à cet étalage de charme et le choix
des
mots, presque toujours, ajoute à mon plaisir... Laissons libre
cours
à notre imagination : j'ai Don Juan au bout du fil."
"C'est assez dire que la vibration prime sur le
mot,
parce qu'elle est plus révélatrice que lui, insiste Serge
Wilfart; la vibration authentifie le mot et le mot ne prend tout son
sens que s'il est en harmonie avec la vérité vibratoire
de la voix qui l'exprime."
Car si Georges Guétary, le Grec, vous sort dans le
courant
français étonnamment assimilé des mots rares que
vous
n'attendez pas, ce n'est pas seulement ce choix qui vous choie, mais sa
manière particulière de sculpter chacun comme en son
chant : de rendre chaque mot vivant et fascinant, allumeur de vie.
"Pour réintroduire le minimum vital de
sens
dans nos existences appauvries, précise ainsi Serge Wilfart, il
nous
faudrait redécouvrir la tradition orale et,
parallèlement,
réutiliser les alphabets tridimensionnels conciliant mots et
sons,
esprit et lettre, phonogrammes et chiffres, comme dans la kabbale, ou
encore
tendre, à travers la belle écriture, à une
synthèse
picturale du monde des apparences et des principes, comme dans la
calligraphie
traditionnelle."
Or, reflet également de la santé et de
l'être
-et de l'âme-, l'écriture, de Georges Guétary reste
en ses quatre-vingts ans approchants ferme, élégante et
belle comme
est nette et franche et légèrement montante sa signature
toujours
pareille depuis sa création. Calque du son. Dont l'articulation
cisèle
chaque voyelle ["La parole, sonorisée par la voyelle, est
l'alchimiste
de l'âme" (Dia Sym)], voyelle qui s'emperle dans l'accentuation
large,
intense et constante qui anime l'espace tout à coup
ensoleillé
de ce débit passionné -et passionnant.
Car n'est-elle, cette parole, d'un passionné selon la
caractérologie de Le Senne par laquelle le Docteur Mary-Louise
Marco-Dutoit pense qu'"on peut tenter de tracer une
caractérologie vocale" ?
"Le passionné, lui, peut se livrer
à
toutes sortes d'excès : de la tendresse exprimée sur un
souffle, les muscles expiratoires ne font aucun effort (...); cette
décontraction, cette détente musculaire exprime l'absence
de velléité agressive et justifie en partie la
métaphore de la "voix caressante". De la colère à
la joie, les traits sonores de l'agressivité à la
tendresse se mêlent, la hauteur tonale monte, subit de brusques
sauts où les accents s'entendent plus nombreux, où les
inflexions
sont plutôt ascendantes et où le mouvement
mélodique
est sautillant, capricieux, imprévisible. La joie reflète
donc
des mouvements très vifs, très irréguliers,
voltigeants,
une aspiration dynamique vers le haut d'où l'expression
populaire
: "la joie nous prête des ailes"
"(...) sachez, surenchérit Michel Serres,
que
tout vient de l'assise, de l'assiette, de la tenue à la terre,
de
la sustentation, de la prise animale du sol par la plante des pieds, de
l'accrochage solide à de longues racines par les orteils, que je
ne sais quelle source brûlante vient de je ne sais quel courant
chtonien [v. V !] et
que tout monte le long des colonnes musculaires des jambes, des
cuisses, des
fesses et de l'abdomen, que cette voix qui crie ou qui dit, qui
signifie, doit son inspiration profonde à cette fondation, et
que vous ressemblez ce jour, ce soir ou cette nuit à l'antique
Pythie qui ne pouvait dire
ou signifier qu'au-dessus des vapeurs émanées du ventre
de
la terre, vous pouvez les capter avec les membres inférieurs :
la
voix vole si les ailes du verbe vous poussent aux chevilles; vous
reconnaîtrez
que vous pouvez parler, chanter, incarner le verbe dans votre corps au
bonheur
des genoux et des métatarses. La musique, le sens, comme
l'extase
sont issus de ces ressorts. La voix volante vient de la terre, par le
corps-volcan.
L'âme vente de plain-pied."
"Je lui ai appris à bien marcher, je lui
ai
appris à bien chanter", revendique Mistinguett...
"Dès la naissance de l'astrologie, on a
attribué les différentes partie du corps et les maladies
qui s'y attachent aux
signes du zodiaque", surprend l'astrologie qui souligne : "Même
Hippocrate
obligeait ses élèves à étudier l'anatomie
zodiacale.
Ainsi, le Verseau correspond aux mollets, aux chevilles et à la
circulation
du sang."
Qu'ajouter ?
Que se confirme que la voix dynamise l'être, esprit et
corps
qui s'érigent enchantés par
écho-résurgence de cette voix lointaine qui venait nous
appeler à verticalité en notre errance matricielle -en
"cette source brûlante"; que s'impose brusquement comme
fondamental ce qui se prenait comme banal, anecdotique et
même comique : les juvéniles exploits sportifs de
l'artiste, courses et sauts, comme sa fascination ensuite pour le
ballon que le volley-bail fit passion -et revient, précis,
significatif l'ahurissement de Francis
Lemarque quand avant fin d'une émission qui les avait
réunis à Paris le 1er janvier 1994, Georges
Guétary s'en va :
- Tu t'en vas ?
- Je dois prendre l'avion : je rentre à
Cannes.
- Quoi! Tu es venu de Cannes ?
Guétary rit, dit :
- Oui !
Francis Lemarque reste ébahi.
Lui, il rit -rit encore, rit toujours, rit tout le temps-,
il
complète :
- Je suis venu, j'ai fait mon métier.
Maintenant
je repars : je vais retrouver la maison, ma femme, mes enfants, je vais
jouer avec les enfants.
- Tu ?...
Ils ont trente-six et trente-huit ans, les enfants.
Il rit :
- Oui, nous allons jouer au ballon.
|
13. IMAGE LUDIQUE ?Âme d'enfant ("L'âme vente de plain-pied"),
âme
qui rit, âme qui vit, image d'Hermès, fera percevoir
Michel
Serres -image Verseau, dira son thème astral-, figure d'une
nature
théâtralement authentique qui se joue des conventions
socio-politiques,
qui transfigure le quotidien maléfique, qui manipule l'humain
à
sa guise, ludique comme tyrannique, homérique touchée de
grâce mythologique, Georges Guétary est image du chant,
source de vie.
"Rendre l'âme en un dernier soupir", dit l'expression
courante. Comme si tout au long de la vie on l'avait cachée.
Georges Guétary, lui, la reflète par sa voix qui est
chant tout le temps, voix et chant
de vie qu'elles honorent et glorifient; qui se rient de la mort ?
"Je n'ai qu'un souci
"c'est de rester jeune "dans la vie !", ça peut se convertir en
retournement
d'interprétation : "Tant que tu chantes, clair, tu vis joyeux et
tu restes jeune !" C'est vrai, c'est exemplaire. C'est vrai aussi que
le rire et la parole, ça se partage -qu'il leur faut un
écho, une écoute : un auditoire. Mais de là
à la gloire, à la course exacerbée à la
gloire ?
Exorcisme ?
A moins que nos critères et décryptages ne
concernent pas cette stratosphère où il flotte
-image du mirage en rivage ?-
ou qu'il attende, Prométhée après
Tantale,
que l'aigle qui lui ronge le foie soit tué par
Héraclès ? Or la flèche n'est-elle voix, voix qui
chante, charme, désarme, arme l'âme, enchante ?
"Je n'ai pensé qu'à t'emporter
"Près de la mer où je suis né, "C'est la raison de ma chanson "D'amour. "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- "Lalala, Lalalalalalalalalalalalala, -"Musique"- ... |
Traits remarquables de l'image astrologique.Verseau, cf. Brigitte Chéret :Le Verseau est un signe d'Air et n'a rien
à
voir avec l'Eau.
Un des mythes du Verseau est Pégase, le
cheval
ailé associé à l'imagination poétique; il
atteignit
le ciel et fut placé parmi les étoiles de la
constellation
qui porte son nom.
Un autre mythe est celui de Ganymède,
jeune
homme d'une beauté si éclatante que Zeus
transformé
en aigle l'enleva pour le placer dans l'Olympe.
Verseau, cf.Laurence Petit :Fantaisiste, imaginatif, aérien,
spontané,
insouciant, libre comme l'air... Le Verseau ne manque pas de charme, il
force
de nombreuses sympathies.
Le Verseau est un signe de communication.
Une seule conquête l'intéresse...
celle
de sa propre liberté et, à travers les autres, celle de
la
société à laquelle il appartient.
Création : c'est l'un des aspects les plus
évidents
du natif.
Très tôt il entend voler de ses
propres
ailes. (...) est un éternel fugueur, toujours à la
recherche
d'une terre promise. De temps à autre il visitera sa famille,
pour
ne pas rompre tout à fait les liens et parce qu'il ressent
certains
d'entre eux de manière sensible, humaine.
Toujours en effervescence, le natif se fait un
devoir
de ne jamais s'habituer à une pensée, à une
idée.
(...) Son imagination galopante, débridée,
l'entraîne
sur des chemins de traverse que n'empruntent pas toujours les hommes de
son
siècle. Il s'en moque. Il fait confiance à ses
rêves,
même s'ils ne correspondent pas à la réalité
du
moment.
Liberté : c'est le mot-clé du
Verseau,
son aspiration la plus folle, la plus forte.
Le natif n'envisage pas la vie sédentaire.
Pourtant
l'union affective avec une femme qu'il aime et admire le tourmente
souvent.
Tendu vers l'avant, le Verseau n'a pas le temps
de
s'éterniser en regrets. Aucune douleur ancienne ne lui ronge le
foie.
Tigre (astrologie chinoise), cf. Laurence Petit Shao-Hin :(...) déteste les conventions amoureuses
de
nos pères qu'il juge dépassées.
A le voir agir, il semble que nul ne peut stopper
sa
course.
Le charme du Tigre est aussi irrésistible
qu'anti-conventionnel.
Le Tigre ne donne pas de conseils mais des ordres
!
Son franc-parler, son indépendance et sa
détermination ne laissent pas le coeur tiède. Un Tigre se
fait adorer ou haïr mais ne laisse personne indifférent.
Superbe et généreux, son autorité semble de droit
divin, et ne sera pas du goût de
tout le monde. D'autant qu'il sait d'un coup de griffes
acérées et précis frapper exactement sur le point
faible de l'autre sans pitié.
Il possède un grand pouvoir de
clairvoyance,
et une extrême rapidité de pensée. S'il n'aime pas
les
profondeurs, c'est qu'il s'attache à la forme plus qu'au fond,
car
il a besoin sans cesse de mettre en plein jour, même l'ineffable.
Peu
influencé par les idées communes, son jugement sera
tranchant
comme le sabre, ses opinions neuves comme la rosée matinale. Sa
pensée
ne vit à l'aise qu'en toute indépendance et son savoir ne
sera jamais livresque.
Le Tigre déteste les institutions. Il
préfère
vivre en toute liberté; même s'il vit chaque jour avec la
même personne, il aura souvent un autre domicile pour se sentir
indépendant. Il veut que son compagnon soit brillant et en
même temps uniquement préoccupé de lui.
Si le Tigre possède un orgueil
démesuré,
il a aussi l'humour de savoir parfois rire de lui-même.
Le Tigre ne peut agir sans passion. C'est la clef
de
voûte de la construction de sa vie, aussi bien dans le travail
que
dans ses amours.
C'est un chef né. (...) Ce signe semble
être
toujours voué à la réussite qu'il attire avec
chance
et savoir-faire.
Le Tigre est un être émotif. Il agit
et
réagit sur l'instant, et son coup de griffes sera cruel car il a
mauvais
caractère. Mais pour qu'il s'encombre de rancune, il faut qu'une
nouvelle
émotion vienne raviver une plaie assez profonde pour ne pas
s'être
refermée.
Il ne peut vivre sans séduire, car c'est
pour
lui la clé magique qui lui ouvre la porte de l'aventure. (...)
Mais
pour le séduire, (...) et surtout être disponible.
Suzanne White, cf. double astrologie :Les Verseau/Tigres aiment rester jeunes. C'est
pourquoi
il est rare qu'ils se marient et fondent une famille dans leur jeunesse.
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