En
1984-85, Georges Guétary 
HOURRA,
PAPA !, ce fut, dans le mi-temps de la reprise de collaboration redondante
assez pitoyable avec Francis Lopez, un cadeau bienvenu de fraîcheur,
de nouveauté, de vitalité joyeuse, la réponse à une
attente assez amère à cause des relatifs échecs passés
de renouvellement, lesquels avaient quasi fatalement reconduit à Lopez
que la bonne veine créatrice avait alors lâché avec
la trop grande facilité non contrôlée. (2)
Hourra, papa... Guétary !Jamais peut-être l'opérette n'a si bien fleuri qu'aujourd'hui. Paradoxalement même, la crise et les restrictions n'empêchent pas le ministre Jack Lang de lui porter secours en France, cependant qu'en Belgique s'est courageusement ouvert le Nouveau Théâtre d'Opérette Bruxellois que n'espéraient plus les nostalgiques du temple Alhambra.Mais ce plein printemps éclatant pourrait bien ne pas fructifier si les directeurs de salles, s'enlisant dans les trop faciles reprises, négligent, étouffent les créations nouvelles. Car l'opérette, pour se sauver vraiment de ses cendres brillantes, doit se chercher. |
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L'opérette, c'est, la fête !, titrait naguère
une émission radiophonique de la RTB. Et c'est vrai ! Fête
des lumières, fête des nombreux figurants, choristes et
danseurs, fête des multiples décors réalistes;
fête aussi par la présence des têtes d'affiches,
des grands noms qui petit à petit forcément disparaissent
ou se retirent. Fête qui coûte cher; fête qui
ne peut s'arrêter à la nostalgie des noms glorieux.
«On ne peut pas continuer à vivre sur le seul souvenir
de Mariano et de Guétary», insiste celui-ci, toujours
aussi jeune et dynamique, et plus enthousiaste peut-être que
jamais à la sortie de sa pétillante création
en cours, Hourra, papa !.
«Il faut bâtir avec aujourd'hui et pour demain, poursuit
ce roi dernier toujours bien en trône. Déjà,
après mon retour des Etats-Unis dans les années cinquante,
j'ai prétendu qu'on ne pouvait plus échafauder un spectacle
d'opérette en s'appuyant uniquement sur le prestige du ténor. À l'exemple
des Bing Crosby, et autre Bob Hope, j'ai fait introduire le grand
comique avec notre regretté Bourvil. Ce fut le
succès prestigieux de sept ans de La Route, fleurie,
qui continue d!ailleurs aujourd'hui, avec d'autres artistes. Après
lui, c'est mon ami Jean Richard qui est venu me rejoindre pour La
Polka des Lampions et Monsieur Carnaval, deux autres très
grands succès, vous vous souvenez. J'ai même voulu
aller plus loin : dans Monsieur Pompadour, je prends le second
rôle, tandis que Jean Richard, le comique, tenait le premier. Mais
là, le public n'a pas bien suivi :,il n'était pas encore
mûr, sans doute, pour ce renversement des valeurs traditionnelles
françaises.
Tous des premiers rôles - Et avec Hourra, papa!, ce n'est pas un, mais deux comiques
fortement populaires que vous introduisez : Jacques Balutin et Laurence
Badie. Leur présence seule fait applaudir !a salle,
leurs déguisements, leur jeu, leur voix et leurs débits
opposés la fait se plier de rire. Ce nouveau tandem
comique que vous imposez, Georges Guétary, et qu'on ne pourra
peut-être plus démarier, vous ne craignez pas qu'il
vous efface ?
- Effacer ? Pourquoi ? Il reste un public Guétary
comme il y a un public Balutin-Badie. Et puis, Guétary,
je le répète, ne peut pas être le seul prétexte
du sujet et du spectacle ! Jo Moutet, le compositeur, est à l'origine
de Hourra, papa!. C'est presque un frère : il m'accompagne
, et compose pour moi depuis plus de trente ans : qui mieux que lui,
avec le parolier Jacques Demarny, un autre vieux routier, pouvait
me faire du "sur mesure" ? C'est ça, justement,
que nous n'avons pas voulu, et c'est sans idée préconçue
de vedette à mettre en évidence que Marie-Jo Weldon
et Jacques Demarny ont écrit
leur livret.
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- Il est vrai que si on chronométrait, vous n'avez pas,
en effet, la présence la plus importante en scène. Il
est vrai aussi que vous ne prenez pas un bis, que vous chantez presque
toujours avec d'autres, et qu'à part une forte mélodie
en solo et un clin d'œil rythmé à l'image souvenir
du Georges Guétary en haut de forme et badine qu'offre le décor
pour un "J'aime toutes les femmes" ironique, vous laissez
beaucoup de place aux autres qui ont toute occasion de se mettre en
vedette - mais ne le font pas; et les rôles par définition
secondaires ne le sont vraiment pas.
- C'est ce que j'ai voulu ! Les esprits chagrins qui veulent
survivre sur leur gloire passée ne cessent de répéter
qu'il n'y a pas de relève en France pour l'opérette.
J'ai voulu leur prouver que c'est faux !
Vous avez vu tous ces jeunes talents, Dominique Mouret, Marie-Laure
Fauthoux, Jean-Marc Chastel, Andy Weldon, et les trois cancanières,
Michelle Colignon, Hélène Amador, Sylvie Felgenbaum,
et les deux jumelles de mon personnage, les sœurs Hantellle,
qui ont huit ans de maîtrise de l'ORTF derrière elles,
et cette vingtaine d'enfants d'Asnières, du Centre de Comédie
Musicale de Paris et des Conservatoires Musicaux de Paris ? Ils
travaillent tous en vrais professionnels. Et ils chantent, ils dansent,
ils jouent la comédie, avec tant de cœur, de conscience
! Ils sont remarquables : il faut leur donner leur chance, aller
les chercher !
- Jusqu'au dernier rôle secondaire de la bonne -Sabine, Corre-
qui, sous ses haillons de Cendrillon, nous offre un solo époustouflant
de chant et danse comiques ! Vous faites, en somme, produire
des artistes du type américain ?
Voilà ! Là-bas, tous les artistes savent tout faire.
Et à la perfection. Ici, en France, on veut spécialiser,
on emprisonne les talents. Balutin, c'était un comédien
: je suis allé le chercher, je l'ai fait chanter, je l'ai fait
danser; vous avez vu le résultat : parfait, inattendu même
pour lui-même ! Et Noëlle Cordier : elle s'enlisait
dans les variétés, la voici, avec une belle voix, à se
révéler dans l'opérette !
Répétez-le, répétez-le : la relève
est prête, elle attend, il faut aller la chercher, il faut lui
donner sa chance !
La télé sur les planches - Ce n'est pas tout comme nouveauté : je lis des noms inattendus
dans le programme, des noms de télévision, …
- Ça, c'est l'autre innovation. Oui, j'ai fait entrer
la télévision dans l'opérette. Le public
est tellement moulé par la télévision qu'il faut
le reprendre par les rythmes; les images, les cadrages, l'intimité auxquels
elle l'a habitué : j'ai demandé à Dick Sanders
de nous mettre en scène et à Barry Collins de régler
la chorégraphie; les passionnés de télévision
savent que ce sont des cracks en leur domaine. Et vous avez vu
les décors de Claude Catulle ?
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Ça monte, ça descend, ça tourne à gauche, ça
tourne à droite, ça n'arrête pas !
- Et il faut souligner que le changement de décors entrant
dans le jeu des acteurs, le spectacle n'arrête pas ! D'ailleurs, ça
pétille de joie, de fraîcheur, de fête, cette opérette,,
par ses gags, par ses calembours, par ses situations, par son sujet,
par la présence des enfants, par la brièveté de
ses scènes, par ses nombreuses chansons dansées; j'en
ai compté vingt-trois sur trente-trois scènes, allant
du jazz aux résonances russes en passant par les rythmes sud
américains, a "mélodie classique... et le smurf
même, que vous dansez avec Balutin ! Et les couleurs des
costumes, ces rouges, ces blancs, ces jaunes de soleil accentuent l'impression
de printemps, de jeunesse, de fête fraîche, saine, tonique.
C'est vrai, ce spectacle bien rythmé et à caractère
intime rappelle le style de la télévision, la brièveté,
la succession rapide de ses plans, l'obligation pour le petit écran
de cadrer étroit, et petit jusqu'au gros plan.
Au fond, voyez-vous, la perte du Châtelet et de sa scène immense nous a aidés, puisqu'elle nous a obligés, elle nous a condamnés à chercher des voies nouvelles pour l'opérette ! Autre aspect télévisuel important, et non des moindres
: Hourra, papa ! s'adresse à toute la famille.
Exactement ! Et ça aussi, je crois, c'est nouveau dans l'opérette
: enfants, adolescents, adultes, grands-parents se retrouvent et prennent également
plaisir à regarder, à battre des mains, à chanter, à applaudir.
La retraite ? - Vous avez annoncé, Georges Guétary, qu'après
cette création, vous vous retirez.
- Oui. J'ai soixante-dix ans, j'ai fait trois fois le tour
du monde, j'ai vécu dans les trains, les hôtels : vous
ne pensez pas que j'ai mérité de me retirer?
- Ce sera plus qu'en beauté : avec le sentiment d'avoir,
avec les innovations de Hourra, papa !, apporté votre pierre à l'édifice
de l'opérette, de lui avoir donné son impulsion pour
demain. Si je me permettais une comparaison qui devrait vous plaire,
vous, le Grec sportif, vous voici, personnalisant votre bel ancêtre
immortalisé par le bronze de Myron, discobole lançant
l'opérette future ?
«Ha! ha! ha !» énorme, puissant éclat
de rire ténorisé qui réveille le théâtre
maintenant déserté.
Je me retire, mais dites à vos lecteurs que parti comme l'est Hourra papa!, ce n'est pas avant dix ans ! Louis Pieters
____Bobino-Eldorado, puis Casino de Paris Georges Guétary, Les hasards fabuleux, Paris, La Table Ronde, 1981, préface de Frédéric Dard. |
Toutefois, nous ne sommes pas en forêt maléfique, mais
au pays joyeux et féerique d'Opérette -ou de Comédie
Musicale plutôt- : ce n'est pas une marâtre que subissent les
enfants, mais une gouvernante, rigide mais ingénue, et ce n'est
pas la baguette magique de la marraine fée qui la métamorphosera,
mais la magie de l'amour en marivaudage d'un tonton Titou (Jacques Balutin),
frère d'armes du tendre papa, directeur de casino.
Hourra,
Papa !

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| Avril 2001 | (1) Nous ne pouvons pas reprocher à Marc
DANVAL de n'avoir pas programmé le disque complet : son émission n'étant pas programmée à l'opérette, ni à un sujet, ni à un interprète, un auteur ou un compositeur, sauf en exception majeure d'actualité, il se doit de répondre à son public aux attentes diverses. Nous lui devons ici cependant une fidèle attention reconnaissante à sa Troisième Oreille ("celle qui écoute ce que les autres n'entendent pas") puisqu'il est le dernier présentateur francophone quasiment à rester attentif à tous les genres et à toutes les époques -et à nous rendre de temps à autre Georges Guétary.(re) |
• RTBf
Radio 1, samedis de 13:30 à 15 h. • En lien permanent |
| Voir ici et là par le moteur de recherche interne en attendant les autres épisodes de ce nouveau chapitre. | (2) (re) et (3)
(re) : "Me voilà reparti !" chantait, Georges Guétary en 1980-81 dans l'opérette Aventure à Monte-Carlo. Et le refrain, dans sa tête et sa foi s'adressait tout autant à sa carrière, sinon davantage, qu'à sa partenaire : alors qu'il écrivait, terminant la refonte de ses souvenirs, qu'il descendait une à une les marches de la gloire, Francis Lopez l'invitait à renouer leur tandem pour la création de cette nouvelle opérette. Il se revoyait en 1950 pour un appel semblable qui serait Pour Don Carlos. D'autant que si le prestigieux théâtre du Châtelet était perdu pour l'opérette, c'est celui de la Renaissance d'auguste prestige qui l'accueillerait, d'autant qu'après les récents semi-échecs de Monsieur Pompadour et des Aventures de Tom Jones, l'aventure -le test même- valait d'être tenté. Révélation, réanimation : le public répondit présent et en redemanda. Georges Guétary n'étant donc pas fini, la formule continuait d'opérer ! L'Amour à Tahiti suivit bientôt (1983-84), et le théâtre ne désemplit pas, d'autant qu'une Voix vraie et riche s'harmonisant idéalement avec la sienne l'accompagnait : Maria CANDIDO. Mais au théâtre de la Renaissance avait succédé l'ancienne salle de catch de l'Elysée-Montmartre et le décor unique avant le "play-back" à venir. C'est alors que vint heureusement HOURRA, PAPA ! De trop courte joie, nous l'avons vu, et qui ne récompenserait pas le travail et l'investissement financier et humain dans les travaux de mutation d'un cinéma en théâtre. Lopez répondit à l'amertume possible par l'offre de Carnaval aux Caraïbes et, dit-on, d'un pont d'or (1986), lequel n'aurait plus d'attrait et s'écroulerait avec Le Roi du Pacifique (1986-87) malgré l'empressement du public de la nostalgie que ne retenait pas la redite, la salle de catch, le décor unique, l'absence d'orchestre et le "play-back" : Georges Guétary enfin décida que c'était fini, et comptait bien affirmer ses vues avec La Fête à Cannes... |
L'ANAO n'a jusqu'à présent rendu aucun écho à ces
opérettes à la sauvette. Du moins par sur son
site, quoique les ayant présentées dans son
périodique. Patrick Boulanger entre temps a commencé d'en reproduire les fiches dans son site Avec Joie. |