GEORGES GUÉTARY,
années 50
le 13 septembre 1997,
années 80-90
rejoint l'Olympe.
En gratitude reconnaissante à Francis Chenot, cette page

 
CANNES
L'adieu à Georges Guétary
Une cérémonie placée sous le signe de l'émotion et de la sobriété a marqué hier le dernier hommage de ses proches à l'un des chanteurs les plus populaires 
des années 50 et 60.
[…]
 
 
 
 
 
 
 
 

 

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compte rendu signé J.B.
Mme. Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, a rendu hommage, hier, depuis Paris, à Georges Guétary, saluant en lui «l'interprète de la joie de vivre».
Nice-Matin, 19/09/97, 

Et ce n'est que la veille, le 18, que la presse respectueuse du souhait familial, 
communiqua ce que nous avions appris avec le lever du soleil radieux du 14 : le rideau s'était ouvert sur

le final infini : le 13 septembre 1997
Francis Chenot  spontanément demanda aussitôt une page d'hommage pour le bimestriel une autre chanson dont il est le rédacteur en chef.  Quand on sait la tendance de ce magazine que parraine Jean FERRAT, on reste très profondément reconnaissant à cette attention à laquelle fut adressé
LE DIT
de
GEORGES GUÉTARY

Par sa couleur, par sa hauteur, par sa fraîcheur, sa voix a engendré un personnage multiple, 
immortel et toujours attendu que son physique avantageux lui donna à incarner 
pour la reconnaissance populaire fascinée.

                            Allegretto con moto e legiero

Introduction de "Pedro le Pêcheur"

Il est là tout entier, Georges Guétary, 
dans cette chanson curieusement délaissée et qui pourtant fut aussi largement diffusée et reconnue 
que celles du présent rétrécissement médiatique.(1)

L'image vocale

Elle commence par un sifflement et c'est tout l'important, le signifiant et le signifié : porté sur l'air et la mer, il est son essence : la voix, souffle vocalisé, s'est sublimée pour le syrinx -Syrinx en Olympe (1947). 
Elle porte irrésistiblement vers l'après quasi immédiat, 1950, que de très rares Européens connaissent : I like it here.  Sur la large scène du 46th Theatre à Broadway, sa voix monte, s'élève, claire, légère, aérienne vers les cintres et se répète comme en montagne dans un écho diaphane qui proprement ravit. 
C'est en anglais et heureux sont ceux qui ne comprennent pas la langue : ils sont aux anges sans très bien savoir pourquoi; et c'est parce n'écoutant que le chant, n'écoutant que la voix, ils n'entendent que la signification de cette couleur vocale, alliage rare d'argent clair et de lumière qui ranime en eux le personnage qu'elle leur fit voir en sa venue de 1943.
Elle est un personnage, une histoire -et un décor, n'oublions pas ça- qui comblent les attentes immémoriales et constantes : un pauvre et beau pêcheur qui revient à temps pour enlever sa bien-aimée que son père marie au riche marchand, c'est le triomphe du héros populaire, c'est l'aboutissement de la quête proprement humaine.
Et c'est le rêve secret et l'animation perpétuelle de tous les pusillanimes prisonniers du quotidien contraignant ou même tout simplement banal :  et c'est l'attendu des femmes -le prince charmant-; et c'est l'identification des hommes -le chevalier de Charme.

qui le rend si brillant en sa majesté toute naturelle que l'Allemagne l'invite à incarner bientôt Le Baron tzigane pour le cinéma (1955).  Noble-roturier, saltimbanque-illusionniste, justicier généreux, rehaussé par le classique (Strauss), il rappelle, ennoblis idéalement, le Porteur d'eau annoncé par L'homme de nulle part, parfait alter ego de Pedro, le Pêcheur dont sortira Marco Polo...
Voix des hauteurs vermeilles, timbre de couleur sans pareille, Georges Guétary cristallise ainsi le héros qui anime de ses appels joyeux dans l'éther le chaos superbe des commencements, Georges Guétary se fixe et se fige dans l'oreille publique par un chant proprement épidermique au sens où, prolongement de l'oreille, la peau frémit quand elle capte les ondes aiguës et harmonieuses qui dynamisent son cortex, nous apprend le Dr. Tomatis.

L'essence fondamentale

S'il eut avec le temps la volonté -non suivie par son public- de créer des personnages plus crédibles, plus proches aussi de lui et de son âge et a contrario de l'image suscitée (Western dans Les Aventures de Tom Jones), s'il eut en même temps la sagesse -relativement ignorée du public-  de chanter ces personnages-là de jeunesse dans la dérision de seuls refrains en raccourci, s'il ne put, entre temps, imposer ses interprétations de la chanson à textes de qualités poétiques et littéraires (La Fortune, La Quête),  ni faire comme projeté commande à Gainsbourg. 

éternité
Inséré à la tombe de Cannes,
le portrait de fixation
invite pour l'éternité 
à continuer de rêver.
(DR, famille Guétary)
Voilà pourquoi Georges Guétary compte autant, sinon davantage,  d'admirateurs que d'admiratrices, surtout que dans cet alors où la télévision n'existait pas, c'est la voix seule qui avait dessiné librement le visage, idéalisé davantage que vrai; et si parfaitement idéalisé que  lorsque le cinéma le révèle (1944), incarnant un noble aventurier du 18e s., il est unaniment reconnu : il est, dans la fiction réelle, tel que l'imaginaire l'a dessiné sous dictée du timbre vocal.  Il a néanmoins imposé la réalité d'un être enjoué, rassurant et engageant, tout animé de son chant perpétuellement dynamique qui savait s'adoucir en tendresse (Il a neigé sur nos 20 ans), laisser sourdre l'émotion (Les pavés bleus)... et donner de magistrales leçons de chant (la  valse en fa de Brahms sans micro), allant enjoué jusqu'au terme de sa vie vers des projets animés des vocalises, de la course à pieds, de la natation et du volley quotidiens.
maturité
Assise dans la force large, 
sa voix rassurait 
après avoir enlevé dans l'irréalité,
et continuait de dynamiser.
(coll. priv., don de GG, DR)
Or, le spolié superbe et triomphant qui le lui rendent bien, autant que les copains, n'est-ce Georges Guétary lui-même, Grec charmant issu d'une diaspora et tout nimbé de l'aura de ce pays des légendes et des dieux que le subconscient conscient reconnaît, mythe réincarné ?  Naïveté populaire ? 
Et qu'entretiendra l'opérette en laquelle il va briller ?
Elle le rendra, c'est un fait à son image quand son public se disait, à part soi pour ne pas le contrarier : "Basta, ton  Américain à Paris, c'est pas toi ça ! Nous, ce qu'on veut, c'est Le Cavalier Noir - Casanova- Trente & Quarante !" qu'ils attendent, attendent, attendent encore, attendent toujours.
En attendant, Lopez-Vincy-Lehmann/Pierre Benoit arrivent à leur rescousse, le faisant revenir à  Paris du prestigieux Châtelet pour le tentant Pour Don Carlos(1951) 
Cette issue, comme tout son long chemin de vedettariat, il la doit à son appartenance au music-hall, étonnamment proche de sa nature profonde.  Car s'il rappelait, reconnaissant, la discipline rigoureuse de Mistinguett, s'il savait devoir son entrée dans le métier à Jo Bouillon, c'est à Fredo Gardoni  sans doute qu'il doit de s'être identifié véritablement Georges Guétary : l'entraînant deux ans durant sur les routes hasardeuses en baladins confiants, ce bon gitan accordéoniste l'a rendu à lui-même, donnant des ailes d'Hermès à sa voix et à son personnage qu'il libéra de la gangue qui le servit mais le raidit : il le décorseta de l'académisme classique, il le dépouilla du doucereux bellâtre gominé, il le rendit à son allant d'Hellène souriant et reconnaissant à la vie(2) et qui ne se fatigua jamais de nous inviter dans l'allegro con brio de la coda :

"Et ce soir je vous offre avec joie

"de venir dans la ronde avec moi !",
Monsieur Carnaval, coda
"Monsieur Carnaval !"
Louis PIETERS,
une autre chanson
n° 68 de janvier-février 1998
---------
(1)EMI a heureusement ressuscité Pedro, le Pêcheurdans sa compilation hélas réduite de sa collection Gold (n° 855 372 2),
(2)Merci à qui pourrait nous mettre sur les traces de la descendance de Fredo GARDONI.
Merci à votre venue, avec l'espoir de votre retour :
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