05/12/31
Georges GUÉTARY en ses DISQUES
-2004-
Un disque inattendu et inespéré vient fleurir notre
printemps;
un autre dans le même temps chasse un dépit récent
avant qu'un troisième fasse remonter aux sources...
Aksexasta Tragoudia, Grèce.
Une composition sensible qui fait jaillir en coda
les puissantes racines grecques du tempérament hellène intense
-qui fait découvrir Lambros Vorloglou-
dont l'affinement par formation classique
libérée par un tempérament théâtral naturel
feront naître Georges Guétary.
Autochtones, semble-t-il, voix douces et légères
sur rythmes et instruments typiquement grecs et d'accordéon. créent,
imposent en huit morceaux l'ambiance, la couleur unitaire hellène avant
d'y faire entrer l'émigré aux racines fermes et fortes de vitalité,
de rythme, de joie de vivre.
On s'attendait à retrouver -enfin !- ces morceaux des années
1947 qui font toujours cruellement défaut. Mais ce ne sont pas eux.
Et on n'est pas déçu pour autant : on attendra, confiant, d'autant
que cet inattendu enrichit !
La rupture de rythme ne choque pas : quoique occidental, il garde la
tonalité joyeuse, et le grec en est le langage, grec ayant adapté les
paroles françaises d'une part du répertoire des années
1961 à 1967.
On reconnaît, on retrouve, on redécouvre :
9. L'élan, l'allant joyeux de la traduction de
Copain, Copain,
bossa nova tout en légèreté.
10. Un crochet par le tango vers une relative mélancolie adoucie
par la voltige de la voix :
Reviens-moi qui fait par son
introduction penser à Une Alouette, qui n'était malheureusement
pas restée dans l'oreille, car provenant, longtemps après,
de cette époque d'une forme de boycott en Belgique de la distribution
du 45 tours.
11. Les voltiges légères et hautes de son interprétation
appellent ensuite les finales typiques dans un retour à la vitalité naturelle
de Georges Guétary que les modes nouvelles n'arrêtaient pas
: twist,
Ce Baiser de joyeuse fantaisie garde la légèreté de
la voix dans une précipité cristallin avec tendance vers
forte, laissant déguster ainsi qu'elle le demande la voix, ainsi
qu'elle y invite si on ne comprend pas le vocable.
12. A contrario, la mélodie douce, tendre, lente et fragile, légère épousant
les cordes, rend ensuite
Tes Yeux, de l'intériorité émotive,
de la chanson d'amour non loin du ton de concerto invitant à passer
in fine à la puissance vocale.
13. Mais la traduction de
My Darling, je t'aime, I love you reprend
l'élan dominé de fantaisie et refusant par le medium la prouesse
vocale,
14. L'alternance toutefois lui rend par la version grecque de
C'est
toi que j'attendais toute sa force, qui n'exclut pas douceur et
tendresse mettant en valeur ses transitions sans cassure.
Après cette incursion grecque dans la production musicale occidentale,
sorte, en somme de prélude, d'apprivoisement, de sensibilisation,
vient pour l'apothéose, avec quelles force, vitalité, variations,
foi et intelligence l'affirmation de l'identité hellène :
15. I Maro, narration dont il varie le refrain par léger,
forte, douceur, tendresse;
16. I hiotissa qui, par la succession de joie sautillante,
de tons différents par rendus de points de vue divers -par éventail
de jeu dramatique, fait écouter, découvrir Lambros Vorloglou,
alias Georges Guétary : l'identité méditerranéenne
jusqu'à une certaine tonalité de tragédie antique.
Espérons que Victory Music nous restitue un jour tout le retour
au grec de Georges Guétary.
La Route Fleurie, Paris
C'est par une qualité en tous points remarquable que Marianne
Mélodie ressuscite les chansons de cette pièce qui donnait un
ton nouveau au genre. Si Georges Guétary, vedette attitrée à l'origine
y perdait un peu de son titre par Bourvil en croissance, il gagna par ce nouvel équilibre
et un ton échappant à l'exotisme, une force plus nuancée,
moins figée dans le charme exclusif.
«Pour la première fois en CD, retrouvez la totalité des
enregistrements en 78 tours de l'une des opérettes les plus célèbres
du répertoire dont le succès ne s'est jamais démenti.
«Retrouvez (...) les 18 extraits interprétés par
Georges Guétary, Bourvil et Annie Cordy, avec un confort d'écoute
absolument exceptionnel.».
appâtent le dernier catalogue et la mise à jour du site de Marianne
mélodie. Mais pareil CD avec semblable pochette avait naguère
déçu et révolté. Responsable de la collection,
Monsieur MOULIN nous rassure :
«Il ne s'agit pas de ce CD-là qu'il avait fallu
renvoyer du fait du mauvais enregistrement de Ma Chanson, mais d'une
nouvelle réalisation propre à Marianne Mélodie, aidée
par l'A.Na.O., avec, en bonus, pour compenser ce désagrément
passé [dû à un autre éditeur insuffisamment responsable,
ndlr], deux morceaux en plus.»
Contenu :

1.
On
est poète (Bourvil)
2.
Je suis subitiste (A. Cordy)
3.
La route fleurie (G. Guétary)
4.
Place du Tertre (G. Guétary)
5.
Une dînette (G. Guétary)
6.
C'est la vie de bohème (G. Guétary & Bourvil)
7.
Jolie meunière (G. Guétary)
8.
Moi j'aime les hommes (A. Cordy)
9.
Vacances (G. Guétary)
10.
Les haricots (Bourvil)
11.
Madagascar (Bourvil)
12.
La belle de l'Ohio (A. Cordy)
13.
Mimi (G. Guétary)
14.
Ma chanson (G. Guétary)
15.
Copains copains (G. Guétary & Bourvil)
16.
Farandole (G. Guétary)
17.
Il a suffi (G. Guétary)
18.
Pas de chance (Bourvil)
Aucune déception, aucun regret, mais l'en-chan-te-ment ! Vraiment.
La "friture" déjà, propre aux 33, 45 et, pire
encore, aux 78 tours, a complètement disparu, et ce, sans altération
aucune des voix. C'est ainsi un son pur, plein, généreux qui
nous enrobe, rendant la chaleur mâle et légère à la
fois de Georges GUETARY en son timbre si particulier et enivrant, fortifié,
mûri par les scènes de Londres et de Broadway qui n'en avaient
pas altéré le cachet par la nécessité de la faire
porter loin.
S'il a à l'époque la vedette, la place accordée à ses
protagonistes, BOURVIL et Annie CORDY que cette opérette relança
pour l'un et lança pour l'autre indéniablement, la part intégrale
qui leur est heureusement rendue ici restitue avantageusement le ton général
de cette opérette pour laquelle le tandem LOPEZ-VINCY s'était
avantageusement renouvelé : délibérément, ils
avaient fait fi de l'exotisme et des espagnolades ; pas question de tropiques
ni de tempos sud américains; délibérément aussi,
ils avaient accordé plus de place à la fantaisie, laquelle
n'était pas banalement clownesque; quoiqu'il gardât la plus
grande part des chansons, nombreuses et variées, Georges Guétary
ainsi ne les écrasait pas (On est Poète et Les Haricots sont
de véritables petites perles du burlesque restées dans les
mémoires, et le touchant Pas de Chance accorde à Bourvil
cette part d'émotion qui lui était refusée et qu'on
glorifiera plus tard), et son rôle de jeune premier commençait
d'être moins exclusif et invariable.
N'en déplaise ainsi à Benoît Duteurtre qui s'acharne à dénigrer
l'opérette "à la Lopez", jusqu'à qualifier
qui les apprécie de "vulgaire" (v. feuilleton de Michel
Bracquart en chronologie), France Musique(s) n'a pas à rougir, au
contraire, si elle accorde un aval généreux à ces chansons
et à ses interprètes.
Ne négligeons pas enfin de souligner le mérite plus qu'encourageant à Matthieu
MOULIN qui prend avec cette pièce d'épreuve révélatrice
le parti de la reprise de "la belle ouvrage" en donnant au CD le
moyen de rendre authentiquement hommage au passé de la chanson autrement
qu'en pillant misérablement des concurrents, mais en recréant
véritablement par la recherche des éléments historiques
et biographiques et à l'aide des meilleurs témoins, à savoir,
en l'occurrence, de J. C. Fournier (Académie Nationale de l'Opérette),
de Dany Lallemand, Lionel Risler, Raymond Grangier. Poulain sensible, intelligent
et attentif de Marie-Pierre VANCALLEMENT qui lui donne le relais, il nous
donne l'espoir, enfin, d'une renaissance vraie de ce temps-là de l'opérette.
Réf. : 041641,
MARIANNE
MELODIE, BP102, F-78372 PLAISIR cedex; +33 (0)1 30810202.
A propos de Marie-Pierre VANCALLEMENT, signalons, en marge de nos propos, qu'elle
n'a pas encore lâché les rênes, et que portée par
son désir d'adolescente de ne pas laisser mourir ces chansons et ces
artistes, la sortie d'un CD de 20 succès dont 6 inédits rappelant
la verve de Jacques HELIAN et de son orchestre
-qui eurent d'ailleurs à leur répertoire certains succès
de Georges GUETARY- :
MM1628,
MON PETIT FICHU.
Où on attend l'éclosion de la doublure.
Le dépit provoqué par cette découverte entraîne
vers la découverte de la genèse de la voix de Georges Guétary.
«Pour la petite anecdote, l'un des refrains de cette chanson
a été enregistré en duo avec un artiste non mentionné sur
l'étiquette originale du 78 tours, et qui n'est autre que Georges
Guétary Ce dernier (il s'appelait encore Georges Lambros à l'époque)
doublait Réda dans la revue, c'est la raison pour laquelle il a été tout
naturellement convié à la séance du 3 décembre
1937 pour enregistrer le refrain à deux voix.»
avions-nous lu dans le dernier catalogue de Marianne Mélodie. Sautant
ainsi aussitôt à cette plage 20 dès la réception
de ce CD, nous en sortions dépité et nous disant qu'il serait
bien hasardeux d'affirmer, tête sur le billot, qu'à tel moment,
nous écoutons Georges Lambros et non Reda Caire. L'oreille avait
bien cru retrouver pourtant des échos vocaux de
Seul sur la Grève et
de
Le vieux Tilleul, premiers enregistrements certains de Georges Lambros
(cd). Mais
la présentation du disque assure qu'il n'intervient que dans un refrain,
en duo avec Reda Caire. Or, en ce passage-là, qui peut affirmer
qu'il distingue l'une de l'autre voix ? Seul un analyseur du spectre
pourrait rendre compte de la vérité...
Il nous reste, dans l'indécision la question : voix pareilles,
et voix en ce cas copiant, ...imitant ?
Car écouter Reda Caire d'une part et Georges Guétary
d'autre part ne permet aucun doute. Et la différence nette
-la cassure quasiment- entre les premières traces enregistrées
de Georges Guétary (1941) et de Georges Lambros (1937...) continue
ainsi de chiffonner, d'interpeller sur l'authenticité de la voix.
Georges Lambros alors débutait, et Mistinguett l'ayant enlevé à Jo
Bouillon
(de Worloou à Guétary).
lui avait confié le rôle de doublure de Reda Caire.

Chance
inouïe à ne pas gâcher ! Responsable d'édition
pour Marianne Mélodie, Matthieu Moulin en effet nous apprend que
Reda Caire alors jouissait depuis une dizaine d'années déjà d'une
grande popularité :
«(...) il devient rapidement l'un des meilleurs ténorinos
de sa génération. (...) Le compositeur Gaston
Gabaroche l'ayant pris en amitié, lui trousse quelques refrains
sur mesure, qui deviennent instantanément d'énormes succès,
tant au disque qu'à la radio :
Un soir à la Havane,
Les
beaux dimanches de printemps, et plus tard
Ma banlieue. Réda
Caire passe à Bobino, Chez Suzy Solidor, à l'Européen,
et chante toute une série de tubes, de
Si tu reviens à
Jeunesse,
de
Voyage dans la lune à
Ses yeux perdus, qui font
de lui l'un des plus importants chanteurs de charme de la décennie
1930-40, avec Jean Lumière, Tino Rossi et Jean Sablon, en témoigne
sa discographie colossale (150 disques 78 tours entre 1930 et 1950 !). (...) En
1937-38 Réda Caire passe dix mois au Casino de Paris dans la revue
Féerie de Paris, une des plus fastueuses revues d'Henri Varna pour
Mistinguett. Il y crée les titres
Ma banlieue (il deviendra
d'ailleurs par la suite l'indicatif d'une émission radiophonique),
et
Notre tango (N°20). Pour la petite anecdote, (voir
supra)
(…)
____
Matthieu Moulin, d'après les Mémoires de Réda
Caire rédigées en 1951 et recueillies par André Bernard
lors d'émissions radiophoniques diffusées sur Marseille-Provence
en 1956.
Photo : Reda Caire est le plus proche de Mistinguett qu'il regarde, et
Georges Lambros, est à l'extrême droite; DR famille Guétary.
Orienté par son oncle, le jeune Lambros Worloou, en devenir de
Georges Guétary passant par Georges Lambros, s'était bien demandé pourquoi
apprendre à chanter quand, Grec, ça vous est aussi naturel
que respirer. Mais docile et toujours attentif aux conseils qu'on lui donne,
découvrirons-nous maintes fois, il s'était soumis à l'apprentissage
de la cantatrice Ninon Vallin, soumettant son chant naturel aux exigences
du chant classique. Retenu durant cet apprentissage sans hésitation
par Jo Bouillon à l'issue
de l'audition d'une quarantaine de candidats, il se rendra à l'évidence
: cet apprentissage n'avait pas été vain, ce que confirmerait
l'attention que porterait sur lui Mistinguett très peu de temps après.
Pourtant, ce type de chansons-là n'avait rien de commun avec le répertoire
lyrique, non plus qu'avec sa façon spontanée de chanter : ne convenait-il
pas dès
lors d'écouter, d'analyser ceux-là que reconnaissait le public,
et de se mouler, sans oublier les leçons précédentes, à leur
style ?
Michel Bracquart, au terme des multiples échanges que nous avons
tenus à ce propos synthétise avec finesse :
«J'exagère quand je dis que Georges Lambros, à ses
débuts, imite Tino Rossi, Reda Caire ou Jean Lumière. Plus
exactement, ceux-là sont ses aînés, ses maîtres,
ses modèles; il subit leur influence plus ou moins consciemment
-comme un futur maître en peinture aura suivi d'abord un maître
le précédant. Leur répertoire, leur façon de
chanter et leur physique sont alors à la mode, et surtout ce sont
des ténors légers comme lui. En 1937-38, Georges Lambros
ne peut se mettre dans les pas d'autres chanteurs en vogue comme Jean Kiepura
ou Georges Thill qui ont des voix d'opéra; ni dans ceux de Maurice
Chevalier ou Charles Trenet qui sont des fantaisistes...
«A remarquer qu'il se rapprochera très vite
1) des deux premiers en devenant chanteur lyrique (mais d'opérette),
sa voix ayant gagné en volume;
2) des deux autres grâce à ses progrès comme comédien.
Tout cela en dépassant Tino Rossi, Reda Caire, Jean Lumière
et autres comme chanteur de charme, grâce à sa personnalité plus
grande, à son timbre de voix unique, à son physique avantageux, à sa
volonté, à son travail, à sa discipline de vie...»
Complétons simplement par deux éléments :
1. «Tu dois, pour sortir du lot, trouver ton propre style»,
lui avait dit Ninon Vallin. Julien Clerc, au cours d'un entretien télévisé récent
accréditera : ”J'ai compris que je n'avais plus rien à craindre
quand j'ai découvert que j'étais unique".
2. C'est ainsi, nous semble-t-il, que livré à lui-même
sur la côte méditerranéenne, il a pu se redécouvrir
et se faire grâce à la rencontre avec Fredo Gardoni; une
trace
d'actualité de 1941 nous fait ainsi écouter le Georges Guétary
que nous reconnaissons.
Avec D.R. aux auteurs d'extraits et de photos (v. note générale
in "
Accueil cf le ©),
et
le gratifiant assentiment confiant de Madame Guétary,
© 1999-2004, Louis Pieters pour l'ensemble du site,
© 2004/04/28 pour cette page sur http://www.GeorgesGuetary.net,
mise à jour le 06/10/2004.
Version 2.4b