05/12/31

Georges GUÉTARY en ses DISQUES
-2004-

Un disque inattendu et inespéré vient fleurir notre printemps;
un autre dans le même temps chasse un dépit récent
avant qu'un troisième fasse remonter aux sources...
SOMMAIRE :
1/2 CD grec La Route fleurie
1938 avec Reda Caire
Sorties

Aksexasta Tragoudia, Grèce.

Une composition sensible qui fait jaillir en coda
les puissantes racines grecques du tempérament hellène intense
-qui fait découvrir Lambros Vorloglou-
dont l'affinement par formation classique
libérée par un tempérament théâtral naturel
feront naître Georges Guétary.
Autochtones, semble-t-il, voix douces et légères sur rythmes et instruments typiquement grecs et d'accordéon. créent, imposent en huit morceaux l'ambiance, la couleur unitaire hellène avant d'y faire entrer l'émigré aux racines fermes et fortes de vitalité, de rythme, de joie de vivre.
On s'attendait à retrouver -enfin !- ces morceaux des années 1947 qui font toujours cruellement défaut. Mais ce ne sont pas eux. Et on n'est pas déçu pour autant : on attendra, confiant, d'autant que cet inattendu enrichit !
pochette
La rupture de rythme ne choque pas : quoique occidental, il garde la tonalité joyeuse, et le grec en est le langage, grec ayant adapté les paroles françaises d'une part du répertoire des années 1961 à 1967.
On reconnaît, on retrouve, on redécouvre :
9. L'élan, l'allant joyeux de la traduction de Copain, Copain, bossa nova tout en légèreté.
10. Un crochet par le tango vers une relative mélancolie adoucie par la voltige de la voix : Reviens-moi qui fait par son introduction penser à Une Alouette, qui n'était malheureusement pas restée dans l'oreille, car provenant, longtemps après, de cette époque d'une forme de boycott en Belgique de la distribution du 45 tours.
11. Les voltiges légères et hautes de son interprétation appellent ensuite les finales typiques dans un retour à la vitalité naturelle de Georges Guétary que les modes nouvelles n'arrêtaient pas : twist, Ce Baiser de joyeuse fantaisie garde la légèreté de la voix dans une précipité cristallin avec tendance vers forte, laissant déguster ainsi qu'elle le demande la voix, ainsi qu'elle y invite si on ne comprend pas le vocable.
12. A contrario, la mélodie douce, tendre, lente et fragile, légère épousant les cordes, rend ensuite Tes Yeux, de l'intériorité émotive, de la chanson d'amour non loin du ton de concerto invitant à passer in fine à la puissance vocale.
13. Mais la traduction de My Darling, je t'aime, I love you reprend l'élan dominé de fantaisie et refusant par le medium la prouesse vocale,
14. L'alternance toutefois lui rend par la version grecque de disque grec C'est toi que j'attendais toute sa force, qui n'exclut pas douceur et tendresse mettant en valeur ses transitions sans cassure.
Après cette incursion grecque dans la production musicale occidentale, sorte, en somme de prélude, d'apprivoisement, de sensibilisation, vient pour l'apothéose, avec quelles force, vitalité, variations, foi et intelligence l'affirmation de l'identité hellène :
15. I Maro, narration dont il varie le refrain par léger, forte, douceur, tendresse;
16. I hiotissa qui, par la succession de joie sautillante, de tons différents par rendus de points de vue divers -par éventail de jeu dramatique, fait écouter, découvrir Lambros Vorloglou, alias Georges Guétary : l'identité méditerranéenne jusqu'à une certaine tonalité de tragédie antique.
Espérons que Victory Music nous restitue un jour tout le retour au grec de Georges Guétary.
Réf. : VM 2109.2
Achat conseillé par sérieux, conscience et rapidité : Musical Record Shop.
Accès à la commande du disque, du fait que le moteur de recherche interne pose problème :
commande cd 922109-2 = Victory Music VM 2109.2
Un contact si nécessaire, sinon en français, sans problème en anglais : Fotis Fokas

Retour au sommaire de page ou poursuivre :

La Route Fleurie, Paris

C'est par une qualité en tous points remarquable que Marianne Mélodie ressuscite les chansons de cette pièce qui donnait un ton nouveau au genre. Si Georges Guétary, vedette attitrée à l'origine y perdait un peu de son titre par Bourvil en croissance, il gagna par ce nouvel équilibre et un ton échappant à l'exotisme, une force plus nuancée, moins figée dans le charme exclusif.
«Pour la première fois en CD, retrouvez la totalité des enregistrements en 78 tours de l'une des opérettes les plus célèbres du répertoire dont le succès ne s'est jamais démenti.
«Retrouvez (...) les 18 extraits interprétés par Georges Guétary, Bourvil et Annie Cordy, avec un confort d'écoute absolument exceptionnel.».
appâtent le dernier catalogue et la mise à jour du site de Marianne mélodie. Mais pareil CD avec semblable pochette avait naguère déçu et révolté. Responsable de la collection, Monsieur MOULIN nous rassure :
version-
«Il ne s'agit pas de ce CD-là qu'il avait fallu renvoyer du fait du mauvais enregistrement de Ma Chanson, mais d'une nouvelle réalisation propre à Marianne Mélodie, aidée par l'A.Na.O., avec, en bonus, pour compenser ce désagrément passé [dû à un autre éditeur insuffisamment responsable, ndlr], deux morceaux en plus.»
Contenu :
version+ 1. On est poète (Bourvil)
2. Je suis subitiste (A. Cordy)
3. La route fleurie (G. Guétary)
4. Place du Tertre (G. Guétary)
5. Une dînette (G. Guétary)
6. C'est la vie de bohème (G. Guétary & Bourvil)
7. Jolie meunière (G. Guétary)
8. Moi j'aime les hommes (A. Cordy)
9. Vacances (G. Guétary)
10. Les haricots (Bourvil)
11. Madagascar (Bourvil)
12. La belle de l'Ohio (A. Cordy)
13. Mimi (G. Guétary)
14. Ma chanson (G. Guétary)
15. Copains copains (G. Guétary & Bourvil)
16. Farandole (G. Guétary)
17. Il a suffi (G. Guétary)
18. Pas de chance (Bourvil)

Aucune déception, aucun regret, mais l'en-chan-te-ment ! Vraiment.
La "friture" déjà, propre aux 33, 45 et, pire encore, aux 78 tours, a complètement disparu, et ce, sans altération aucune des voix. C'est ainsi un son pur, plein, généreux qui nous enrobe, rendant la chaleur mâle et légère à la fois de Georges GUETARY en son timbre si particulier et enivrant, fortifié, mûri par les scènes de Londres et de Broadway qui n'en avaient pas altéré le cachet par la nécessité de la faire porter loin.
S'il a à l'époque la vedette, la place accordée à ses protagonistes, BOURVIL et Annie CORDY que cette opérette relança pour l'un et lança pour l'autre indéniablement, la part intégrale qui leur est heureusement rendue ici restitue avantageusement le ton général de cette opérette pour laquelle le tandem LOPEZ-VINCY s'était avantageusement renouvelé : délibérément, ils avaient fait fi de l'exotisme et des espagnolades ; pas question de tropiques ni de tempos sud américains; délibérément aussi, ils avaient accordé plus de place à la fantaisie, laquelle n'était pas banalement clownesque; quoiqu'il gardât la plus grande part des chansons, nombreuses et variées, Georges Guétary ainsi ne les écrasait pas (On est Poète et Les Haricots sont de véritables petites perles du burlesque restées dans les mémoires, et le touchant Pas de Chance accorde à Bourvil cette part d'émotion qui lui était refusée et qu'on glorifiera plus tard), et son rôle de jeune premier commençait d'être moins exclusif et invariable.
N'en déplaise ainsi à Benoît Duteurtre qui s'acharne à dénigrer l'opérette "à la Lopez", jusqu'à qualifier qui les apprécie de "vulgaire" (v. feuilleton de Michel Bracquart en chronologie), France Musique(s) n'a pas à rougir, au contraire, si elle accorde un aval généreux à ces chansons et à ses interprètes.
Ne négligeons pas enfin de souligner le mérite plus qu'encourageant à Matthieu MOULIN qui prend avec cette pièce d'épreuve révélatrice le parti de la reprise de "la belle ouvrage" en donnant au CD le moyen de rendre authentiquement hommage au passé de la chanson autrement qu'en pillant misérablement des concurrents, mais en recréant véritablement par la recherche des éléments historiques et biographiques et à l'aide des meilleurs témoins, à savoir, en l'occurrence, de J. C. Fournier (Académie Nationale de l'Opérette), de Dany Lallemand, Lionel Risler, Raymond Grangier. Poulain sensible, intelligent et attentif de Marie-Pierre VANCALLEMENT qui lui donne le relais, il nous donne l'espoir, enfin, d'une renaissance vraie de ce temps-là de l'opérette.
Réf. : 041641, MARIANNE MELODIE, BP102, F-78372 PLAISIR cedex; +33 (0)1 30810202.
A propos de Marie-Pierre VANCALLEMENT, signalons, en marge de nos propos, qu'elle n'a pas encore lâché les rênes, et que portée par son désir d'adolescente de ne pas laisser mourir ces chansons et ces artistes, la sortie d'un CD de 20 succès dont 6 inédits rappelant la verve de Jacques HELIAN et de son orchestre
-qui eurent d'ailleurs à leur répertoire certains succès de Georges GUETARY- :
MM1628, MON PETIT FICHU.

Retour au sommaire de page ou poursuivre :

Où on attend l'éclosion de la doublure.

Le dépit provoqué par cette découverte entraîne vers la découverte de la genèse de la voix de Georges Guétary.

«Pour la petite anecdote, l'un des refrains de cette chanson a été enregistré en duo avec un artiste non mentionné sur l'étiquette originale du 78 tours, et qui n'est autre que Georges Guétary  Ce dernier (il s'appelait encore Georges Lambros à l'époque) doublait Réda dans la revue, c'est la raison pour laquelle il a été tout naturellement convié à la séance du 3 décembre 1937 pour enregistrer le refrain à deux voix.»
avions-nous lu dans le dernier catalogue de Marianne Mélodie. Sautant ainsi aussitôt à cette plage 20 dès la réception de ce CD, nous en sortions dépité et nous disant qu'il serait bien hasardeux d'affirmer, tête sur le billot, qu'à tel moment, nous écoutons Georges Lambros et non Reda Caire.   L'oreille avait bien cru retrouver pourtant des échos vocaux de Seul sur la Grève et de Le vieux Tilleul, premiers enregistrements certains de Georges Lambros (cd).   Mais la présentation du disque assure qu'il n'intervient que dans un refrain, en duo avec Reda Caire.  Or, en ce passage-là, qui peut affirmer qu'il distingue l'une de l'autre voix ?  Seul un analyseur du spectre pourrait rendre compte de la vérité...
Il nous reste, dans l'indécision la question : voix pareilles, et voix en ce cas copiant, ...imitant ?
Car écouter Reda Caire d'une part et Georges Guétary d'autre part ne permet aucun doute.  Et la différence nette -la cassure quasiment- entre les premières traces enregistrées de Georges Guétary (1941) et de Georges Lambros (1937...) continue ainsi de chiffonner, d'interpeller sur l'authenticité de la voix.
Georges Lambros alors débutait, et Mistinguett l'ayant enlevé à Jo Bouillon (de Worloou à Guétary). lui avait confié le rôle de doublure de Reda Caire.   la Miss et ses caïdsChance inouïe à ne pas gâcher !  Responsable d'édition pour Marianne Mélodie, Matthieu Moulin en effet nous apprend que Reda Caire alors jouissait depuis une dizaine d'années déjà d'une grande popularité :
«(...) il devient rapidement l'un des meilleurs ténorinos de sa génération.  (...)   Le compositeur Gaston Gabaroche l'ayant pris en amitié, lui trousse quelques refrains sur mesure, qui deviennent instantanément d'énormes succès, tant au disque qu'à la radio : Un soir à la Havane, Les beaux dimanches de printemps, et plus tard Ma banlieue.  Réda Caire passe à Bobino, Chez Suzy Solidor, à l'Européen, et chante toute une série de tubes, de Si tu reviens à Jeunesse, de Voyage dans la lune à Ses yeux perdus, qui font de lui l'un des plus importants chanteurs de charme de la décennie 1930-40, avec Jean Lumière, Tino Rossi et Jean Sablon, en témoigne sa discographie colossale (150 disques 78 tours entre 1930 et 1950 !).  (...)   En 1937-38 Réda Caire passe dix mois au Casino de Paris dans la revue Féerie de Paris, une des plus fastueuses revues d'Henri Varna pour Mistinguett.  Il y crée les titres Ma banlieue (il deviendra d'ailleurs par la suite l'indicatif d'une émission radiophonique), et Notre tango (N°20).  Pour la petite anecdote, (voir supra)
(…)
____
Matthieu Moulin, d'après les Mémoires de Réda Caire rédigées en 1951 et recueillies par André Bernard lors d'émissions radiophoniques diffusées sur Marseille-Provence en 1956.
Photo : Reda Caire est le plus proche de Mistinguett qu'il regarde, et Georges Lambros, est à l'extrême droite; DR famille Guétary.
Orienté par son oncle, le jeune Lambros Worloou, en devenir de Georges Guétary passant par Georges Lambros, s'était bien demandé pourquoi apprendre à chanter quand, Grec, ça vous est aussi naturel que respirer. Mais docile et toujours attentif aux conseils qu'on lui donne, découvrirons-nous maintes fois, il s'était soumis à l'apprentissage de la cantatrice Ninon Vallin, soumettant son chant naturel aux exigences du chant classique. Retenu durant cet apprentissage sans hésitation par Jo Bouillon à l'issue de l'audition d'une quarantaine de candidats, il se rendra à l'évidence : cet apprentissage n'avait pas été vain, ce que confirmerait l'attention que porterait sur lui Mistinguett très peu de temps après. Pourtant, ce type de chansons-là n'avait rien de commun avec le répertoire lyrique, non plus qu'avec sa façon spontanée de chanter : ne convenait-il pas dès lors d'écouter, d'analyser ceux-là que reconnaissait le public, et de se mouler, sans oublier les leçons précédentes, à leur style ?
Michel Bracquart, au terme des multiples échanges que nous avons tenus à ce propos synthétise avec finesse :
«J'exagère quand je dis que Georges Lambros, à ses débuts, imite Tino Rossi, Reda Caire ou Jean Lumière. Plus exactement, ceux-là sont ses aînés, ses maîtres, ses modèles; il subit leur influence plus ou moins consciemment -comme un futur maître en peinture aura suivi d'abord un maître le précédant. Leur répertoire, leur façon de chanter et leur physique sont alors à la mode, et surtout ce sont des ténors légers comme lui. En 1937-38, Georges Lambros ne peut se mettre dans les pas d'autres chanteurs en vogue comme Jean Kiepura ou Georges Thill qui ont des voix d'opéra; ni dans ceux de Maurice Chevalier ou Charles Trenet qui sont des fantaisistes...
«A remarquer qu'il se rapprochera très vite
1) des deux premiers en devenant chanteur lyrique (mais d'opérette), sa voix ayant gagné en volume;
2) des deux autres grâce à ses progrès comme comédien.
Tout cela en dépassant Tino Rossi, Reda Caire, Jean Lumière et autres comme chanteur de charme, grâce à sa personnalité plus grande, à son timbre de voix unique, à son physique avantageux, à sa volonté, à son travail, à sa discipline de vie...»
Complétons simplement par deux éléments :
1. «Tu dois, pour sortir du lot, trouver ton propre style», lui avait dit Ninon Vallin. Julien Clerc, au cours d'un entretien télévisé récent accréditera : ”J'ai compris que je n'avais plus rien à craindre quand j'ai découvert que j'étais unique".
2. C'est ainsi, nous semble-t-il, que livré à lui-même sur la côte méditerranéenne, il a pu se redécouvrir et se faire grâce à la rencontre avec Fredo Gardoni; une trace d'actualité de 1941 nous fait ainsi écouter le Georges Guétary que nous reconnaissons.


Merci à votre visite, avec espoir de votre retour :
inscrivez-vous à notre lettre d'information
Avec D.R. aux auteurs d'extraits et de photos (v. note générale in "Accueil cf  le ©), et
le gratifiant assentiment confiant de Madame Guétary,
© 1999-2004, Louis Pieters pour l'ensemble du site,
© 2004/04/28 pour cette page sur http://www.GeorgesGuetary.net,
mise à jour le 06/10/2004.
Version 2.4b
Mesure d'audience ROI frequentation par