Georges Guétary renifle avec volupté l'air poussiéreux. Il regarde le décor qui, privé de projecteurs, est devenu banal dans la lumière froide des lampes de service. Les palais d'or où il vient de chanter sont maintenant en carton-pâte et les découvertes exotiques s'envolent dans les cintres. La baie de Rio sur toile est moins alléchante qu'une affiche d'agence. Il ne reste plus rien de superbe sur la scène si ce n'est lui.
Lui, l'éternel jeune premier, archétype de tous les héros romantiques, à la fois Bayard et Robin des Bois, Prince Charmant et gentleman cambrioleur, d'Artagnan et Siegfried, beau, noble et pur, parlant d'amour, chantant l'amour, charmeur à vie, dont le regard fait se pâmer l'héroïne dès l'acte un, laquelle ne lui résiste que pour mieux se jeter dans ses bras avant le finale. Georges Guétary fort et vert Georges Guétary for ever, superbe sans le vouloir, roi de l'opérette de droit divin, triomphal de naissance, et unique en son genre, fougueux comme les chevaux qu'il monte, bête de scène, voix d'or, œil en brisure d'onyx, prestance d'athlète, Georges Guétary s'attarde sur la scène blafarde.
Il y demeure paré de tous les artifices qui le rendaient fascinant pendant le spectacle, parce que, si je puis dire, ces artifices lui sont naturels. Il est né comme ça, pardonnez-lui; avec de la lumière sur sa gueule qui est belle, et des éclats de boules à facettes plein tes dents. Et là, sur la scène qui se vide, et qu'on continue de débarrasser, la scène qui devient plus immense que la salle, il va et vient avec grâce, pousse les hennissements de Bucéphale caracolant dans l'épopée d'Alexandre, il parle, mais sa voix continue de chanter et l'on dirait que ses mots riment encore. Il gesticule et ses mouvements tracent comme un sillage fluorescent, car il est théâtral par inadvertance, théâtral au sens rigoureux du terme puisque la définition du mot est: «Qui appartient au théâtre.» Georges fait mieux qu'appartenir au théâtre, il est le théâtre. C'est une opérette perpétuelle ! Qu'il joue au volley ou vous passe le ravier de hors-d'œuvre, il garde le même rayonnement scénique. Il vit naturellement en état de représentation, ce qui explique qu'il soit naturel à la scène.
Un jour, ayant jeté un œil à son passeport, il sursauta et décida que le moment était venu de jouer les pères ! Idée saugrenue ! Ce fut l'un des rares échecs de sa prestigieuse carrière. Imagine-t-on le Prince de Blanche-Neige papa ?
Jamais le public ne le permettrait. Et le public de Guétary ne le lui permit heureusement pas. Car il est à tout jamais celui qui chante le bonheur en serrant une femme contre lui, celui qui dit je t'aime à deux générations de jouvencelles en délire, prêtes à tendre la joue gauche pour un autre baiser.
Gavé de scène, Georges s'enfonce dans les coulisses, donnant, au passage, un autographe au pompier de service. Il va gagner sa loge pleine de fleurs et de photos, devant laquelle piétine une file d'admiratrices. Ensuite, lorsqu'il aura serré les mains, répondu aux louanges, il entreprendra la rédaction de ses Mémoires dans la paix solennelle du théâtre vide. Un besoin, comme ça... Quand on croule sous les souvenirs, on a envie que des amis vous aident à les charrier.
Il va nous jouer un peu sa vie à lui, sa vie pleine de hasards fabuleux et de rencontres chaleureuses. Il va expliquer à son public comment bat le cœur d'un homme qui a passé sa vie à en faire battre des millions d'autres.
Installez-vous dans votre fauteuil, baissez vous-même les lumières.
Il était une fois Georges Guétary...
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Création de Monsieur Carnaval. C'est Jean-Claude Casadesus qui parle. Il avait alors trente ans et débutait comme chef d'orchestre au Châtelet :
Georges Guétary avait tourné Casanova avec ma mère Gisèle
Casadesus […] Au cours des préparatifs de l'opérette, je l'observe
: il déplace beaucoup d'air. C'est un type charmant, mais il veut tout prendre
en main; par conséquent, je dois affirmer ma petite autorité. Lors
des répétitions avec les chœurs, c'est lui qui dirige, qui
fait la musique. Alors je lui dis : «Attends une seconde !» On devient
ensuite très copains, parce que j'ai pris mes marques rapidement.
Une reprise de Monsieur Carnaval à Toulon en l'an 2000. L'auteur* rappelle
que Georges ne fait plus partie de la distribution, car il est mort trois ans
plus tôt. Et il cite un certain Pierre Achard qui a écrit dans
les Notes de la SACEM :
«Donnons un coup de chapeau à un prince de l'opérette qui était
aussi un gentleman : Georges Guétary.»
Quelque temps plus tard, Mistinguett va faire une nouvelle découverte et contribuer à révéler un jeune garçon qui deviendra une vedette internationale : Georges Guétary. J'ai eu la chance de l'avoir comme interprète dans plusieurs des opérettes que j'ai composées. Nous avons souvent parlé de Mistinguett, dont il conservait un souvenir impérissable :
«Quand on a eu la chance de jouer auprès d'elle, on ne peut jamais oublier. Quel professionnalisme ! Quel souci du moindre détail ! Elle avait l'œil partout et, en même temps, elle avait le don de l'improvisation. Chaque soir, selon l'atmosphère de la salle, elle prenait à partie tel ou tel spectateur sans pour cela perturber le rythme du spectacle... Oui, une grande bonne femme, la Miss, avec ses défauts sans doute, mais aussi, et surtout, avec ses qualités... Des qualités comme on n'en rencontre plus au music-hall.»
Georges Guétary, une révélation de plus à ajouter à la liste de Mistinguett, aux côtés des Jean Sablon, Jacques Pils et autres Georges Tabet... Un soir, venue à l'Alhambra en spectatrice, Mistinguett remarque dans l'orchestre de Jo Bouillon un garçon au physique de jeune premier qui joue de la guitare, ou plutôt qui fait semblant d'en jouer... En revanche, quand il chante les refrains de l'orchestre, il dégage une présence et un charme incontestables. La Miss, elle, a tout de suite décelé en lui. un talent prometteur. À l'entracte, elle l'envoie chercher. Le jeune homme est visiblement intimidé de se trouver en présence de la plus célèbre étoile du music-hall. Il n'en répond pas moins avec assurance aux questions qu'elle lui pose. Elle a remarqué son agréable accent aux consonances orientales : il est d'origine grecque, mais il est né en Égypte au sein d'une famille nombreuse… trop nombreuse. Et c'est pour avoir un peu de liberté qu'il est venu en France. Il s'appelle Lambros Worloou et, au départ, il ne songeait pas à entreprendre une carrière artistique. Bien sagement, il s'est inscrit dans une école de commerce. À Paris, il a un oncle, Tasso Janopoulo, qui l'a accueilli comme son fils. Tasso Janopoulo est un pianiste renommé; il est notamment l'accompagnateur en titre du célèbre violoniste Jacques Thibaud. Ayant écouté son neveu, il n'a eu aucune peine à le décider à tenter sa chance sur les planches.
C'est ainsi que le jeune homme débute dans l'orchestre de Jo Bouillon où, tout de suite, son élégance, son timbre de voix, son charme attirent l'attention du public. Entre temps, il a troqué son curieux patronyme de Worloou pour celui de Lambros et c'est sous le nom de Georges Lambros qu'il se présente à la Miss. Celle-ci, selon son habitude, va droit au but. Elle cherche un partenaire pour la prochaine revue du Casino de Paris... le jeune Lambros tombe à point nommé ! Seulement un obstacle sérieux se dresse devant la proposition de Mistinguett : Georges Lambros est lié à l'orchestre de Jo Bouillon par un contrat en bonne et due forme. Et on sait que la Miss n'aime pas qu'on se mette en travers de ses désirs :
- Je me charge de Jo Bouillon ! Tu commences à répéter avec moi dès la semaine prochaine.
Jo Bouillon ne l'entend pas de cette oreille : il tient à son chanteur, d'autant qu'il commence à avoir du succès. L'affaire va donc se compliquer et se terminer devant les tribunaux. Finalement, Mistinguett a gain de cause. Et elle n'a pas attendu le verdict de la justice pour faire travailler sa nouvelle recrue. Car le jeune Georges, s'il possède des qualités naturelles, est évidemment encore novice en matière de music-hall. Aussi la Miss va-t-elle se charger d'en faire un vrai professionnel.
«Avec un professeur comme elle, le travail n'était pas toujours rose, avoue le jeune homme. Elle me faisait refaire dix fois le même geste, mais au bout du compte, elle obtenait de moi ce qu'elle voulait. Alors, elle fixait sur moi son fameux sourire et me lâchait : "Ça va, tu es un caïd !" Ce surnom de caïd allait me rester. Au début, l'essentiel de ses leçons consistait à m'apprendre à marcher, car on ne marche pas au théâtre comme on marche dans la vie...»
Les premières leçons sont donc laborieuses, ainsi que la Miss le rapporte dans ses Mémoires :
«"Non, non et non, ce n'est pas ça ! Regarde-moi", lui disais-je. "Je courbe un peu la jambe et je me déplace. Le secret de la marche, c'est la glissade. Le pied doit effleurer le sol avant de le toucher... Allez, vas-y... Ça y est, c'est mieux... Glisse, glisse... Tu y es. Tu es mon caïd !"»
Marcher en glissant avec grâce, comme le lui recommande son «professeur», devient une véritable obsession pour Georges. Il s'entraîne plusieurs heures par jour, chez lui, mais aussi dans la rue, ce qui lui vaut les regards intrigués des passants.
La Miss est contente de son élève. Elle a remarqué le professionnalisme dont Georges témoigne, et qui assurera la pérennité de son succès.
«C'était un garçon intelligent, se souvient-elle. Il avait compris qu'au music-hall, avant qu'un numéro soit au point, il ne faut pas avoir peur de remettre l'ouvrage vingt fois sur le métier. Ce qui m'épatait aussi c'est que, contrairement aux autres garçons de son âge, il ne poursuivait pas les girls, il ne passait pas ses nuits dans les bistrots, après le spectacle; il voulait réussir et moi, j'ai du respect pour les gars qui savent ce qu'ils veulent.»
De son côté, Georges Guétary n'oubliera jamais les premiers pas qu'il a faits avec les conseils de la Miss :
«Un artiste n'est pas la même personne en scène et dans la vie quotidienne. Ça, je le tiens de Mistinguett... On change, on n'est plus soi-même dès que le spectacle commence. Chez la Miss, cette transformation était éclatante. Elle qui n'était pas très jolie, était magnifique en scène. Au music-hall, c'était un monument (1)... »
Et Guétary de conclure avec admiration : «Mistinguett avait toujours quatre gigolos autour d'elle; un danseur, un chanteur, un comique, un compositeur. »
Georges Guétary me le répétera cent fois : «Mistinguett constituait le plus remarquable des exemples pour qui voulait arriver en haut de l'affiche. Mais cet exemple, encore fallait-il être capable de le suivre. Encore fallait-il avoir la volonté de refaire dix fois de suite le même geste devant la glace, de redire dix fois de suite la même phrase d'une chanson. Encore fallait-il avoir la force physique et morale de se prêter aux mille exigences d'un spectacle…
» Parfois, je l'avoue, lorsque la Miss me faisait reprendre un refrain ou un pas de danse, j'avais envie de l'envoyer promener... Cela m'est même arrivé un jour. Dans la revue que nous jouions ensemble, au Casino de Paris, j'avais obtenu d'elle de chanter à un moment une chanson tout seul, tandis que les girls s'agitaient autour de moi. Pour moi, c'était une première, puisque jusque-là je n'avais fait que m'intégrer aux divers tableaux de la revue. Conscient du danger que représentait cette tentative pour le presque débutant que j'étais, je préparais avec soin ma chanson et, lorsque je me suis cru prêt, j'ai demandé à la Miss de m'entendre. Après le premier couplet, elle m'a arrêté : "Si tu débutes ta chanson comme ça, me dit-elle, tu es sûr de te faire emboîter ! Retravaille-la et quand tu seras au point, tu me a montres..."
» Docile, je me suis remis au travail...
» Après quinze jours de répétitions, cette fois, j'ai eu la certitude d'être au point... Aussi jugez de ma déception quand la Miss m'a lancé : "Décidément, tu n'as rien compris à ce que je t'ai dit !" À la fois dépité et furieux, j'ai répliqué : "Eh bien, ma chanson, je ne la chanterai pas !" Et j'ai quitté la scène. Une fois rentré chez moi, j'ai réfléchi, j'ai chanté ma chanson devant un miroir et j'ai pensé : elle a raison.»
» La leçon a porté ses fruits. Peu après, Guétary repasse une audition... et reçoit la bénédiction de la Miss, pour son plus vif soulagement.
(...)
Parmi les revues que joue la Miss au cours des années qui précèdent immédiatement la Seconde Guerre mondiale, il en est une qui a droit à une faveur particulière dans ses souvenirs et qui porte un titre flamboyant : Féerie de Paris.
(...)
(...) Tandis que de l'autre côté du Rhin le danger se précise, les échos tonitruants des discours d'Hitler ne semblent guère l'impressionner : «Pour moi, le spectacle en cours avait plus d'importance que tout ce qui pouvait se passer dans le monde. Hitler, avec ses cris, me faisait penser à un chanteur qui aurait chanté faux. Non, vraiment, je ne voyais rien venir...»
(…) Dans le monde du spectacle, elle n'est pas seule à partager cet état d'esprit, ce qui explique que de nombreux artistes, durant l'Occupation, n'aient pas eu la volonté de rompre avec leurs activités habituelles et aient continué d'exercer leur profession, sans se soucier de l'idéologie de ceux qui les employaient.
Toujours aussi insouciante, Mistinguett, durant l'été 1938, fait une grande tournée à travers la France. Pendant son périple, elle reçoit une proposition pour aller chanter en Amérique du Sud. (…) Pour faire venir la vedette, les organisateurs lui ont offert un pont d'or. (…). Bien entendu, elle partira avec la majorité de sa troupe. Pas tout le monde, car il y a un défaillant et non des moindres : Georges Lambros, futur Guétary. Le «Caïd» de la Miss ne tient pas à s'éloigner de la France en ce moment. Cette défection contrarie la chanteuse. Est-ce seulement pour des raisons professionnelles ?
Bien des années plus tard, j'ai essayé de questionner Georges sur la nature exacte de ses relations avec sa patronne. En parfait gentleman, il a refusé de me répondre, me laissant seulement entendre que leurs rapports étaient d'ordre strictement théâtral. Tous deux ayant emporté leur secret dans la tombe, ayons la pudeur de ne pas chercher à en savoir davantage.
(...)
Vers le début du mois d'août, toute la troupe rembarque pour retourner en France. (…) La radio diffuse une nouvelle qui réveille brutalement les uns et les autres : la guerre est déclarée. (…)
La troupe finit quand même par débarquer à Marseille. La Miss voudrait bien regagner Paris, mais la capitale est en zone occupée et l'indispensable «Ausweiss» pour franchir la ligne de démarcation se fait attendre. Elle regagne donc sa villa d'Antibes, en compagnie de Lino [Carenzo, qu'elle avait réengagé pour remplacer le "caïd"] et aussi de Georges Lambros, qu'elle a retrouvé lors d'un passage à Toulouse où, nécessité du moment, il occupait les fonctions de... garçon de café ! Il ne s'appelle plus Lambros. Ayant cherché un patronyme qui fasse davantage français, le voici devenu Georges Guétary, en souvenir d'un séjour au Pays basque. Il va faire sous ce nom la brillante carrière que l'on sait.
(…)
Cette activité fébrile que mena la Miss était surtout destinée à signifier au monde du spectacle qu'elle était toujours là et bien là ! À ceux qui, dans son entourage, (…) s'inquiétaient de la voir compromettre sa santé, elle répliquait qu'elle était bâtie pour vivre cent ans. Mais elle ne s'agitait pas seulement pour la galerie, elle le faisait aussi pour se tromper elle-même, pour se convaincre que, même loin des planches, elle était encore une des reines de la capitale. Cette opération d' «auto-bluff» -si l'on peut la nommer ainsi- n'allait pas sans fatigue.
Alors, pendant quelques jours, elle s'accordait un répit et reprenait son souffle, soit à Bougival, soit dans son appartement parisien. Dans ses Mémoires, Georges Guétary raconte que, passant un après-midi boulevard des Capucines, il aperçut, assise sur un banc, une vieille dame qui prenait le soleil. Dépouillée de ses strass, de ses plumes, de tout son clinquant, la Miss faisait soudain son âge. Georges, peiné par cette vision, vint s'asseoir à côté d'elle et ils bavardèrent comme au bon vieux temps. La Miss avait perdu son sourire, elle s'exprimait d'une voix lasse et elle eut besoin du bras de Guétary pour se remettre debout. Pourtant, deux jours plus tard, la chronique parisienne nous apprenait qu'elle avait baptisé une nouvelle marque de champagne, dans la cave d'une boîte de nuit en renom...
Ainsi, dans ses dernières années, la vedette offrit ce double aspect : volcanique, dynamique, excentrique quand elle était devant les autres; lasse, silencieuse, repliée sur elle-même quand elle se retrouvait seule. Etonnant pouvoir de dédoublement qui séduisait et déconcertait à la fois.
La réputation d'O'Dett s'amplifie lorsqu'il ouvre, le 22.09.33, son cabaret Le Fiacre (...). Au premier programme figurent Fréhel, Guy Berry, Rosette Guy... Charles et Johnny y passeront en juin 1934. (...) Mais, en octobre 1934, le Fiacre devient Scarface et O'Dett doit installer ses pénates au 1 Place Pigalle, futur lieu mythique de Montmartre, où se trouvait l'Abbaye de Thélème. Il le baptise La Noce, qui deviendra Le Trône en 1936 mais qui sera surtout Chez O'Dett. Au programme d'ouverture : Fréhel, Line Clevers (qui s'y produira très longtemps), puis Bordas, Germaine Sablon, Elyane Célis. … Piaf y chantera à plusieurs reprises. En mars 1938 ce sera le jeune G. Lambros (futur Georges Guétary). On y croise Tino Rossi, Marie Dubas venue applaudir Marjane. (...)
(...) Lorsque la guerre est déclarée, O'Dett estime prudent de quitter Paris. Bordas reprend son cabaret qui deviendra "Le Chapiteau" (n° 34 p. 6) . C'est à Toulouse que Georges Guétary retrouve en 1940 un O'Dett "quelque peu effeminé, soigneusement gominé", qui lui lance "un regard langoureux" (Les Hasards fabuleux, 1981). (...).
Avant de "parler cinéma", il conviendra de citer quelques chansons "indépendantes" qui sont autant de succès marquants : La Saint-Jean (PA 2305), Le Pauvre Gaucho (PA 2308), l'aventureux et fier Robin des Bois accouplé avec Caballero (PA 2307), la très belle, très poignante sérénade espagnole Si vous voulez savoir (PA 2309), On danse à Mexico (PA 2312), A Honolulu (PA 2313), Veux-tu partir un jour ? et Valse des Regrets, adaptations assez discutables mais plaisantes des musiques d'Albenitz et de Brahms (PA 2319), l'inimitable et discret P'tit bal du sam'di soir, très musette (PA 2348), le sensuellissime Aye!... Mama !... (PA 2412), dans les avant-dernières nouveautés, des œuvres originales et très bienvenues, pourvues de techniques et d'accompagnements ravissants : Bella Marie et Vers les Iles d'Or (PA 2494), Pedro le Pêcheur, d'une personnalité si fortement campée (PA 2525), Un soir de Carnaval (PA 2505), enfin, ces dernières semaines : Maître Pierre et Comme un ciel d'Eté, deux œuvres qui feront époque (PA 2589), le retentissant Bolero de Durand et Contet (PA 2581), la très gentille chanson enfantine Maman, vous aime (Le petit doigt) (PG 211) qui nous offre un Guétary "petit garçon" et Cheveux aux vent (PG 241).
Sa série de films a débuté par Le Cavalier Noir qui
recélait :
Chic à Chiquito, de Poterat, Bertron et Lopez (PA 2216) :
allègre, c'est le cavalier majestueusement drapé, coiffé d'un
chapeau à larges bords, l'avaleur d'horizons, l'assoiffé d'air,
l'éternel Don Juan : ainsi est-on à même de l'imaginer.
Au dos, La plus Belle au couplet grisant infiniment
supérieur
dans sa "pénombre étoilée", au rythme plus
commun du refrain. Douleur d'un amour découragé, Cavalier (PA
2217) de fière prestance, "de noble aventure" : devise
: "Vivons joyeux", légende plantureuse tissée autour
des femmes et du vin. Note tenue très longtemps, dans l'aigu, vers
la fin de la face. Verso : Avec l'Amour.
De Trente et Quarante, nous extrayons :
Magdalena, de Francis Lopez et Jacques Larue, si jolie romance au
parfum pimenté et capiteux (PA 2316) avec, sur l'autre face : Comme
une Etoile, de Louiguy et Larue. En PA 2317, La Gamme et l'Amour de
Louiguy et J. Larue, rappelle l'idée assez ingénue de Sur
deux notes : "Le do, c'est l'amour, le ré, c'est toujours,
le fa, c'est mon cœur, le sol, j'en ai peur, c'est une folie..." etc.
Broderie qu'on pourrait prolonger à l'infini. Verso : Banco,
rumba de Lopez et Larue ; très jolies inflexions, pleines, douces,
intelligemment emmenées, historiette mettant en scène une
touchante aventure de Pierrot et Colombine. Beaucoup de notes tenues (surtout
les finales).
Toutes les chanson de Casanova sont des réussites exemplaires qu'on doit recommander avec beaucoup d'insistance, car là, il y a vraiment effort mélodique et invention poétique. C'est un ensemble idéalement harmonieux de délicieuses ou piquantes images d'Epinal, les unes attendrissantes, les autres d'un dynamisme étourdissant, avec, en maints endroits, les touches bleutées ou rosées des courants vénitiens ou napolitains, ou des réminiscences fanées des rythmes défunts tel le menuet. Atmosphère de légende d'une magnificence grandiose, Chante, chante mon Cœur, tarentelle de Vandair, Rouzaud et Sylviano, et Coraline, chanson libertine (PA 2362) : deux éclats de rire léger. La Loi de l'Amour et Souvenir d'un Jour, de J. Boyer et Sylviano (PA 2363) : le "diktat" de l'optimisme. L'Oiseau fidèle et Rosa, Nina, Stella (PA 2364) : la grâce menue et la tendresse. Je crois en, mon Etoile, sérénade et Chanson de Venise (PA 2365) : un scintillement, de l'émotion à cœur ouvert. Dans ces huit faces, Guétary est on ne peut plus sympathique, spirituel et avenant.
Enfin, dans Jo la Romance, nous trouvons des pages brillantes par
leur large phrasé et des danses scandées accompagnées
avec emphase et richesse par l'orchestre anglais Phil Green :
Papa, Mama, Samba de Durand, M. François et Syam (PA 2524)
mêle la danse à l'amour de façon assez... suggestive,
mais avec le seul avantage de la gaîté de l'air. Verso : C'est
vous mon seul Amour, de J. Ledru et R. Rouzaud, est une très
belle et fervente déclaration emplie de clarté ruisselante. A
Chi-chi-Castenango (PA 2527), rivage impossible imaginé par
J. Gorney et L. Poterat, on ne découvre rien que de la banale pacotille,
des tropiques à bon marché sur une musique néanmoins
assez savoureuse. De l'autre côté, Guétary propose,
avec une intimité confidentielle et une diction remarquablement
distillée, Voulez-vous que je vous aime, de R. Parker et
M. Lanjean. Terminons avec la PA 2590 du même film : Ciel,
trop music-hall fade, mal venu et Ménestrel, plus heureux
: tableau d'une richesse imaginative certaine, d'un relief descriptif formidable
: on est réellement transporté au moyen âge.
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